Ce soir, je m’engouffre dans un restaurant du XIème arrondissement pour y retrouver une centaine de mes condisciples qui s’apprêtent à célébrer le 25ème anniversaire de notre promotion HEC. Beaucoup viennent de Paris ou de sa banlieue, d’autres ont pris l’avion du Japon, des Etats-Unis, de Tchéquie, de Pologne, du Brésil, d’autres encore le train de Suisse, d’Angleterre, de Belgique ou simplement de Lyon, et leurs visages montrent déjà leur joie d’être là après des heures de transport.

Certains se sont revus depuis 25 ans : hier, la semaine dernière, en 2015 ou il y a dix ans. D’autres, dès l’entrée dans le restaurant, dévisagent le ou la nouvelle venue pour tenter de remettre un nom ou un prénom sur un visage à la fois familier et oublié, et pour imaginer, un ou des métiers, une ou des vies amoureuses, des enfants et bien d’autres choses.

Rewind, 1991.your-plan

En 1991, pour un jeune diplômé d’HEC, trouver un travail était sans doute plus simple que pour d’autres, l’employeur savait ce qu’il achetait : une tête généralement bien faite, quelques fondamentaux techniques de la gestion des entreprises acquis pour être rapidement productif, une bonne adaptabilité. Mais bardé de son diplôme, le jeune de 22 ou 23 ans n’en était pas moins pétri de doutes et de questions sur ses choix et son avenir.

Dans bien des cas parmi cette assistance, nous étions entrés à HEC parce qu’un chouia compétitifs, travailler un ou deux ans comme un âne en classe préparatoire nous avait amusés, voire passionnés. Avec un peu de chance, nous avions un ou deux points forts, une petite facilité pour les maths, une plume plutôt alerte ou un talent pour les langues et nous nous étions retrouvés, parfois à notre grand dam, dans la sacro-sainte école de commerce française à faire tout autre chose que ce à quoi la classe préparatoire nous avait préparés.

A la sortie d’HEC, les choses ont semblé, pourtant, aller de soi. Nos goûts pouvaient nous porter autre part mais il fallait tout d’abord capitaliser sur le diplôme qui venait de nous être remis. De mon côté, la pression familiale, réelle ou ressentie, ajoutait aux attentes grandioses. Certains d’entre nous sortaient de familles bien établies dans l’entreprise et faire HEC n’était que perpétrer la lignée parentale. Pour d’autres, entrer à HEC signifiait crever un plafond de verre familial dont il allait falloir faire quelque chose.

Toutes ces petites fusées se sont donc lancées, le plus souvent de façon hésitante, parfois même chaotique. La plupart ont commencé à travailler dans des entreprises plutôt grandes, parfois petites, en France ou déjà à l’étranger : banques, sociétés d’audit, sociétés de conseil, cabinets d’avocats, entreprises de grande consommation, entreprises de distribution, entreprises pharmaceutiques, tel Cronos chez Goya, allaient avaler cette nouvelle fournée de jeunes diplômés. Et nous, savions-nous réellement à quoi nous aspirions ?

Fast Forward, 2016.

25 années plus tard, les trajectoires professionnelles sont bien engagées, certains qui avaient embrassé des carrières dans des grands groupes publics sont déjà retraités après avoir profité des conditions généreuses des régimes spéciaux.

25 années plus tard, ceux qui avaient fait des compromis avec leurs rêves, leurs valeurs ou leurs idéaux les ont cassés pour rejoindre des chemins moins balisés mais plus en accord avec leurs désirs profonds. Notre promotion a ainsi son lot d’artistes, de politiciens, de chercheurs et de professeurs, de pères et mères au foyer, de fonctionnaires internationaux, etc.

Beaucoup sont restés dans l’entreprise. Parmi ceux qui avaient rejoint les acteurs du CAC40 ou d’autres indices boursiers internationaux, nombre sont ceux qui les ont quittés pour créer leur propre entreprise ou devenir consultants, gagnant une liberté et une indépendance que les monstres ne réussissaient plus à leur offrir. Ceux qui avaient embrassé des carrières dans la finance, ogre du début des années 1990 alors que l’industrie connaissait une croissance exponentielle, ont connu la violente crise de 2008 en France et ailleurs et d’aucuns ont dû se réinventer dans des matières connexes. Ceux qui habitent à l’étranger reflètent par leur parcours aux quatre coins de la planète l’accélération de la globalisation des trois dernières décennies.

Côté vie personnelle, la période procréatrice des femmes est finie. Les couples formés au lycée ou sur le campus qui ont vite eu des enfants leur financent déjà des études supérieures, à HEC parfois pour la deuxième, voire troisième génération. Certains de ces enfants travaillent même déjà.

Certains hommes sont venus avec leur jeune compagne qui leur a donné des enfants ou une deuxième série d’enfants, d’autres ne sont pas venus, fatigués de nuits blanches avec des nouveau-nés. D’autres partiront tôt pour être certains de relever à temps la baby-sitter.

demi-parabole25 ans plus tard, chacun est-il là où il devrait être ? Les coups de chance et de malchance ont-ils fini par s’annuler dans nos carrières et nos vies personnelles, nos trajectoires sont-elles dorénavant tracées en des demi-paraboles prophétiques ? Le reste de nos vies ne sera-t-il plus que la consolidation d’élans déjà engagés entre des vies professionnelles où l’on apprend moins, des enfants à finir d’élever et des parents qui vieillissent et requièrent plus d’attention ?

Je laisserai aux thuriféraires de Bourdieu le soin de nous examiner sous l’angle du capital social et d’analyser l’influence de nos études à HEC sur nos vies. Mais du bout de ma toute petite lorgnette de cadre de grande entreprise à la carrière la plus classique et la moins risquée qui soit, je suis fascinée par la diversité de ces parcours, comment nous étions en apparence tous au même endroit et au même point il y a 25 ans et combien nos vies ont pris des tours différents. Sans doute parce que non, nous n’étions pas du tout au même endroit ni au même point…

La majorité d’entre nous est à peine marquée par le temps. Certes, les cheveux grisonnent ou se sont raréfiés, la barbe peut avoir poussé sous l’influence d’une mode capricieuse et quelques kilos ont parfois envahi les tours de taille mais les esprits restent plus alertes que jamais, la curiosité est partout, l’envie d’entreprendre dans nos vies professionnelles et privées ne fléchit pas. Les réussites semblent relativisées, les échecs assumés, n’est restée, le temps d’une longue soirée, que la joie de passer un formidable moment ensemble.

Alors, vous savez comme dans les magazines féminins on célèbre toujours les X ans, qui sont toujours le nouveau X-10 ans, et bien, pour vous, pour nous, aucun doute : les 25 ans de promotion sont le nouveau 15 ans ! Et puis, allez, je ne résiste pas à l’envie de fredonner une petite chanson de mon adolescence d’un chanteur qui a, lui aussi, sacrément évolué au cours de ces 25 dernières années (Patriiiiickkkkk) !

On s’était dit rendez-vous dans 25 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 48 ans
Sur les marches de la place des grands hommes

Le jour est venu et moi aussi
Mais j’veux pas être le premier.
Si on avait plus rien à se dire et si et si

Je fais des détours dans le quartier
C’est fou qu’un crépuscule de printemps
Rappelle le même crépuscule qu’il y a 25 ans
Trottoirs usés par les regards baissés
Qu’est-ce que j’ai fait de ces années ?

J’ai pas flotté tranquille sur l’eau
Je n’ai pas nagé le vent dans le dos
Dernière ligne droite, la rue Soufflot
Combien seront là 4, 3, 2, 1,… 0?

J’avais eu si souvent envie d’elle
La belle Séverine me regardera-t-elle?
Eric voulait explorer le subconscient
Remonte-t-il à la surface de temps en temps?
J’ai un peu peur de traverser l’ miroir
Si j’y allais pas… J’ me serais trompé d’un soir
Devant une vitrine d’antiquités
J’imagine les retrouvailles de l’amitié
« T’as pas changé, qu’est-ce que tu deviens?
Tu t’es mariée, t’as trois gamins
T’as réussi, tu fais médecin?
Et toi Pascale, tu t’ marres toujours pour rien? »

J’ai connu des marées hautes et des marées basses
Comme vous, comme vous, comme vous
J’ai rencontré des tempêtes et des bourrasques
Comme vous, comme vous, comme vous
Chaque amour morte à une nouvelle a fait place
Et vous, et vous… et vous?
Et toi Marco qui ambitionnait simplement d’être heureux
dans la vie
As-tu réussi ton pari?
Et toi François, et toi Laurence, et toi Marion
Et toi Gégé… et toi Bruno, et toi Evelyne?

Et bien c’est formidable les copains
On s’est tout dit, on s’ sert la main
On ne peut pas mettre 25 ans sur table
Comme on étale ses lettres au Scrabble
Dans la vitrine je vois le reflet

Une lycéenne derrière moi
Si elle part à gauche, je la suivrai
Si c’est à droite… Attendez-moi
Attendez-moi! Attendez-moi! Attendez-moi
On s’était dit rendez-vous dans 25 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 48 ans
Si on est d’venus des grands hommes
Des grands hommes… des grands hommes
Tiens si on s’ donnait rendez-vous dans 25 ans

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Enfant, j’ai appris le géographie française en scrutant une carte géante qu’avait affiché le fromager sur le mur du fond de son étal et qui localisait l’origine de quelque 300 fromages. Tandis que ma mère commandait comté, époisses, cancoillotte et crottins de Chavignol, je localisai les fromages sur la carte. Ma mère avait le bon goût de varier ses commandes en fonction de ses humeurs, m’offrant chaque semaine l’occasion d’approfondir mes recherches géographiques.

Tant que j’ai vécu en France, mes repères étaient saufs. Le fabricant du camembert avait une adresse en Normandie, celui du Beaufort en Savoie. Seul le producteur de chèvre naviguait entre le Poitou, la Sologne et la Touraine mais le code postal au centre de la France rassurait la terrienne que je suis. Enfant, je ne mangeais que des fromages français. A l’âge adulte, mes seules aventures extra-territoriales ne m’ont amenée guère plus loin qu’en Italie pour découvrir le fondant de la mozzarella de bufflonne ou en Hollande pour tester le goût piquant du gouda vieilli. L’Angleterre même a su me séduire avec des stiltons à l’odeur entêtante.

Je savais en déménageant ici que les Etats-Unis étaient les premiers producteurs de fromage au monde et notamment de l’insipide fromage blanc filant qui complique l’engloutissement de la pizza. Au rayon tristement désert du fromage qui a du goût, seul le cheddar âgé d’un minimum de douze mois tire son épingle du jeu. Sur les marchés organiques de New York, des petits producteurs locaux vendent des fromages frais sans personnalité, fabriqués à la va-vite et vendus hors-de-prix, qui donnent bonne conscience au consommateur bobo en quête d’authenticité culinaire.

Mon monde fromager, déjà amoché par des visites à Costco pour acheter du comté Entremont 18 mois d’âge en sachet plastique ou du brie Président en portion de 555 grammes (la descente au fromager local, c’est seulement les jours de bonus), s’est écroulé lors d’une étude approfondie du rayon laitier de Trader Joe’s. La chaîne de magasins bio qui se targue d’offrir des produits que les autres chaînes ne vendent pas et dont le rayon surgelés est ce qu’on peut trouver de plus proche de Picard, a affolé ma boussole, fait tournoyer mes repères et mis mon globe terrestre sans dessus dessous.

Chez notre ami Joe, le brie est canadien, le parmesan australien, le gouda néo-zélandais, le chèvre du Minnesota… Mais le pire, c’est que tout ça, c’est beaucoup de marketing parce qu’au final, la plupart de ces fromages sont fabriqués par la société française Bel, au Canada… Tant mieux pour le réchauffement climatique car importer du Parmesan d’Australie, à 16 000 kilomètres de là, ça n’a aucun sens mais tant pis pour le terroir et pour mes dernières idées reçues… Penser que l’Australie et la Nouvelle-Zelande sont des arguments vendeurs en matière de fromages a fini de balayer mes derniers espoirs sur les capacités géographiques de ce pays. Soyons honnête : j’ai fait des recherches et me suis aperçue que l’Australie a un vrai savoir-faire en matière de fromages méditerrannéen (feta, mozzarella, parmesan, etc.). C’est même un parmesan australien qui a gagné en 2008 le concours du meilleur parmesan AU MONDE!!! Et cette année-là, c’est aussi un producteur australien qui a remporté le prix du meilleur camembert. Cà, par contre, je n’y crois pas du tout. Un bon camembert, ça ne peut venir que de chez moi… Et le fait que le gagnant 2009 dans la catégorie Pont l’Evèque/Livarot/Reblochon (catégorie 49 a) est londonien n’a fait que renforcer mon opinion sur ce World Cheese Awards. Seuls les pays anglo-saxons concourent…

Mais puisqu’il faut bien s’adapter à son pays d’accueil ou rester chez soi, j’ai fait une descente sur ces fromages sortis d’un ailleurs incertain. Manger aux Etats-Unis un brie néo-zélandais fabriqué au Canada, ça peut déstabiliser… Et bien, ce n’était pas mauvais. Ça m’écorcherait la bouche de dire que c’était bon mais le parmesan était bien parfumé, la mozzarella onctueuse et douce et le brie fait à cœur. Alors, je me serais trompée depuis le début ? Le nouvel Eldorado du fromage serait… le Canada ???

Groundhog Day

février 2, 2010

Le 2 février, à l’heure où la France catholique se régale de crêpes pour la Chandeleur, l’Amérique célèbre le « Groundhog Day », le jour de la Marmotte. La légende raconte que si une marmotte sort de son terrier ce jour-là et ne voit pas son ombre, elle quittera son trou et le printemps sera tout proche. Si par contre elle voit son ombre, elle retournera hiberner et l’hiver durera six semaines de plus.

La tradition du Groundhog Day trouve ses origines dans l’Europe du 18ème siècle et est célébrée abondamment en Pennsylvanie où elle a été importée par la communaute allemande. Des festivals fleurissent de ci de là pour observer le comportement d’une marmotte. Le plus connu est celui de Punxsutawney, en Pennsylvanie, où pas moins de 30 à 40.000 visiteurs se retrouvent tous les ans pour voir émerger le charmant animal, baptisé Punxsutawney Phil, dans la bourgade de 6.700 habitants. Le maire de New York, Michael Bloomberg, a lancé en 2009 un évènement concurrent de la marmotte à New York. Grand bien lui a pris, il s’est fait mordre par l’animal pendant la cérémonie ! Son entourage lui a fait, cette année, porter des gants de boxe pour faire face au rongeur féroce…

Des statistiques rapides sur les prédictions des dix dernières années montrent que la marmotte prévoit la sortie de l’hiver une fois sur le deux. Elles ne sont ni plus justes ni plus fausses qu’une bonne vieille grenouille dans un bocal. C’est sans doute parce que le 2 février est à mi-chemin entre le solstice d’hiver et l’equinoxe de printemps, marquant le beau milieu de l’hiver, et qu’il peut statistiquement rester aussi bien six semaines de froid que six semaines de météo plus clémente.

A défaut d’apporter un réconfort printannier, ce 2 février reste le meilleur moment pour se repasser l’irrésistible film du même nom dirigé par Harold Ramis. Bill Murray y joue un météorologue blasé d’une chaîne de télévision de Pittsburgh envoyé à Punxsutawney pour couvrir le festival de la Marmotte et qui réalise après avoir été cloué au bourg pour la nuit par une tempête qu’il revit indéfiniment la même journée, celle du 2 février. Le tour qui le fera sortir de son diabolique ensorcellement est plein des bons sentiments du cinéma typique américain mais nombreuses sont les scènes du film cocasses, voire loufoques. Toutes les prévisions du jour parient sur la continuation de l’hiver, ce que mon thermomètre anticipait déjà en affichant un glacial -7C ce matin…

Les négationnistes du global warming vont encore pavoiser…

Black Friday

décembre 14, 2009

La consommation est pour l’Amérique une drogue et le Black Friday le premier jour d’un long mois de dépendance.

Le dernier jeudi du mois de novembre, les Américains se rassemblent en famille pour célèbrer Thanksgiving et partager les mets que consommèrent leurs ancêtres à leur arrivée aux Etats-Unis. Ils rendent grâce (« thanks »). Thanksgiving déclenche tous les ans les plus amples mouvements de population de l’année et la consommation de milliers de tonnes de dinde. Le lendemain de Thanksgiving, chômé dans la plupart des entreprises, engendre lui aussi des vagues de déplacements : c’est le traditionnel Black Friday.

Clin d’oeil au Black Thursday, ce 24 octobre fameux pour avoir été le premier jour de la crise de 1929, le Black Friday génère un autre type de panique, celle du consommateur. Le Black Friday est pour le commerce le premier jour de la saison des fêtes, qui donne lieu à une débauche de promotions et de bonnes affaires qui durent jusqu’au dimanche soir suivant ou plus souvent jusqu’à épuisement des stocks. Le jour de Black Friday, qui a été longtemps le plus gros jour de ventes de l’année, les magasins ouvrent généralement à 5h00 du matin mais de plus en plus d’enseignes accueillent dès minuit un public toujours plus nombreux.

Les chaînes de télévision interviewent tous les ans des clients enveloppés dans des sacs de couchage qui attendent l’ouverture de leur magasin pour acheter les « door crashers », ces produits d’appel qui s’étalent dans les millions de dépliants publicitaires distribués avant le jour J. Les door crashers, littéralement les produits pour lesquels on écrase les portes des magasins, n’ont jamais aussi bien porté leur nom qu’en 2008 où un client est mort à l’ouverture d’un Wal-Mart, écrasé par la pression de la foule.

En 2009, les consommateurs américains ont effectué 195 millions de visites dans les magasins pendant le weekend de Black Friday et plus de 30 millions d’entre eux ont dépensé en moyenne $343.31 par personne. Si le montant est important, c’est qu’on n’achète pas que des jeans à $10 ce jour-là. On fait surtout des emplettes d’électronique, beaucoup d’electronique, mais aussi de bijoux, de produits de luxe, d’electro-ménager dont on a repoussé l’achat jusqu’à ce jour, et d’une infinité d’objets carrément superflus. C’est le jour où acheter le cinquième ou le sixième (voire le cinquième ET le sizième) téléviseur de la maison, le fauteuil à écouteurs d’iPod intégrés ou la colonne trois fours (3 !) pour la cuisine. Le montant total des ventes du weekend ($10.66 milliards en 2009) donne réellement son nom à la journée : c’est à partir de là que les commerçants ont amorti leurs frais fixes et commencent à gagner de l’argent, passant ainsi du rouge (les pertes) au noir (le bénéfice).

Le weekend de Thanksgiving laisse la place le lundi suivant au Cyber Monday, qui tente de répliquer la frénésie du Black Friday en version Internet. Mais Cyber Monday n’est pas le plus gros jour de ventes sur Internet qui se situe plutôt vers le 10 décembre, juste avant qu’il ne soit trop tard pour être livré à temps pour Noël.

Si Black Friday a longtemps été une indication du niveau de ventes de la saison entière et donc de la profitabilité de l’année, la crise de 2008 a remis en cause la justesse des prévisions. Après de surprenantes ventes en hausse de 3% le weekend fatidique de 2008, malgré la panique financière des deux mois précédents, les ventes de la semaine suivante ont baissé de 18%, et celles de la saison de 14%, forçant les commerçants à de ruineuses ristournes. Le dernier samedi avant Noël est dorénavant le jour le plus important de ventes de l’année. Le consommateur qui procrastine en attente de promotions a eu raison du commerçant qui doit attendre maintenant la toute fin d’année pour évaluer sa rentabilité.

La saison de Noël 2009 a commencé pleine d’incertitudes quant au niveau de dépenses des consommateurs dont l’économie américaine a pourtant un cruel besoin. Alors qu’elle ne représente que 50% du PIB français, la consommation est de loin la première contributrice au PIB américain avec 70% de l’agrégat. Aussi voit-on fleurir dans la presse des appels à consommer, devoir patriotique du citoyen. Joe Quennan, dans le Wall Street Journal du 28 novembre 2009, rappelait que l’Amérique ne comptait pas parmi les valeurs à brocarder « la sensation de se sentir financièrement serré », et que le lecteur serait bien inspiré de se laisser tenter par un sauna individuel à infra-rouges à $999, une moto pour enfant à $299 ou des lunettes 3D garantissant une experience Imax pour $229. A bon entendeur…