Last July, the British Office for Statistics released information showing that in 2013, the highest paid age group among men in the United Kingdom was 50 year olds. In contrast, the same group among females was 34 year olds. In other words it means that, on an average, men see their earnings rise until they are 50, while for women the increase stops at 34.

According to the British Office for Statistics, there is a perfectly good explanation for this. 34 is typically the age when women take “the mommy track”, leaving the labor market or looking for part time jobs to take care of their young children. (Whether they are willing or not to become their children’s main nurturer, they still overwhelmingly embrace the role in Western couples.) In addition, the British Office for Statistics notices that while the gender balance is relatively even for high and low skilled jobs, men are more likely to work in skilled trade jobs whereas women are keener on joining administrative and caring occupations that typically are not as well paid. To sum things up, parenthood and types of employment chosen explain the big difference.

While the news was seemingly not important enough to cross the Channel – what would the numbers in France be? -, the statistic itself is haunting. 34 is young, terribly young. For a women entering the job market and anticipating a 45-year working life, it means that on an average her earnings will peak after only a fourth of her career. It also means that her earnings will not evolve over three decades. How is that an incentive to exert oneself at work as Sheryl Sandberg would prompt them to do if maternity is such a career-breaker?

40 years earlier, in 1975, the highest earning males were 38 year olds while females were only 25 years old. While the same explanations probably applied as to why men had a longer pay-rise period expectancy, the gap between the two genders was « only » 13 years. 40 years of feminism later, the difference has increased to 16 years. Seen from that perspective, a man’s career still looks much more exciting than a woman’s career.

Although the picture is gloomy, another statistic should push women towards optimism. The difference between male and female average pay for the under 30 year olds has decreased dramatically since 1975 and is close to zero up to around the age of 30. In 1975, it was over 40%. At least it’s proving that men and women are equal until they reach the age of 30.

Feminists have fought a lot in the last two generations on a number of topics in relation with gender equality. There is an obvious area where they could fight more: on mothers returning to work and trying to « catch up » to men on lost career and earnings due to years spent on parenting. The British statistics show all too more aggressively how it equates with career breaking, lost opportunities and suspended job evolutions.

Raconte-moi une histoire

octobre 12, 2012

Je me suis mise à les compter depuis mon retour de vacances. Huit semaines que je suis rentrée et ce n’est pas moins de onze fois que j’ai entendue la désormais célèbre incantation : « il faut raconter une histoire ».

La première fois que mon oreille à été attirée par le mantra, c’était  au printemps. Il faisait enfin beau, nous sortions de mois et de mois d’une violente réorganisation, et malgré un effort d’ajustement brutal, il fallait montrer que nous en sortions la tête haute… Alors, nous avons « raconté » une histoire.

Non, je ne travaille pas dans la pub, ni dans le marketing, ni au Club Med, ni dans l’édition pour enfants, ni dans le cinéma, ni dans cette finance qui elle aussi sait raconter tant d’histoires à ses clients. Je travaille dans la finance sage à papa, celle qui alimente la vraie économie, dans un métier qui existait il y a trois cents ans, pas un de ces métiers créatifs. Et pourtant, comme partout ailleurs, raconter des histoires est devenu le leitmotiv. La vérité des faits, des actes, des réalisations, et pire, des chiffres, ne suffit plus. Il faut enjoliver et surtout, partout, trouver l’angle d’attaque qui fera croire à l’histoire, du point de vie du conteur, toujours.

Steve Jobs ne supportait pas les présentations PowerPoint, trop belles, trop longues et souvent trop creuses. PowerPoint, c’est pourtant l’outil à raconter des histoires. Pas une présentation à un client qui ne soit faite sur PowerPoint, aux investisseurs, aux analystes, aux salariés quand on les réorganise, à tous ceux qu’un jour, on doit convaincre ou à qui l’on doit vendre quelquechose. PowerPoint est par définition l’outil qui raconte des histoires, et l’ajout de Thinkcell permet de les rendre encore plus belles ces histoires.

Face à la sinistrose ambiante, il ne nous reste plus que ça, nous les enfants de la crise. Qu’on nous raconte des histoires…

La semaine dernière, un drôle de carton d’invitation m’est parvenu. J’ai été conviée à une « divorce shower ».

Une divorce shower ? Kesako ?

La baby shower, c’est pour fêter l’arrivée du bébé. La divorce shower, c’est pour trinquer à son divorce.

Je n’ai pas osé demander à mon amie américaine ce qu’elle souhaitait célébrer, les millions de dollars qu’elle venait de gagner, une indépendance retrouvée après trois années de procédure haineuse (et un million de $ de frais d’avocats… chacun !) ou une nouvelle vie, mais elle avait convié quatorze amies autour d’un dîner.

L’invitation n’avait pas été lancée n’importe où : la réunion se tenait dans une somptueuse maison attenante à un country club, dans la banlieue riche de New York, généreusement ouverte par une amie. La maison de 14,000 square foot ou 1300 mètres carrés se dressait en haut d’une colline, dans la grande tradition des maisons coloniales et orgueilleuses, éclairée par d’imposants lampadaires qui déversaient une lumière humide en cette fin de printemps.

Une enfilade de pièces tout droit sorties d’un catalogue de décorateur au goût très nouveau riche aboutissait sur une salle à manger où tronait la table qui allait facilement accueillir les quinze convives. Sans rallonge. En plus, nous avions largement la place d’étendre nos coudes de la façon la plus inélégante possible.

La maîtresse de maison, Amy, minuscule bout de femme habillée en khakis de chez Gap, à la voix gouailleuse du New Jersey, arpentait la cuisine à la recherche d’ustensiles. Elle expliquait sans ambage qu’elle se faisait livrer petits déjeuners, déjeuners et dîners, et ne savait pas, en conséquence, où se rangeaient les couverts, pour servir les plats apportés dans des sacs de papier brun par son amie. Et d’ouvrir tous les tiroirs à la recherche d’une cuillère de service.

Le rosé chaud servi avec des glaçons aidant, l’ambiance s’est vite détendue, Dominique Strauss-Kahn et Arnold Schwarzenegger contribuant pour une bonne part à la bonne humeur des convives. En effet, que souhaiter de plus, dans une assemblée de quinze femmes qu’un bon petit scandale mettant en lumière l’invincibilité de bon nombre d’hommes politiques des deux côtés de l’Atlantique ? Et bien, deux scandales !!! Un de chaque côté…

Notre hôtesse Amy, épaisse et pimpante comme une adolescente, racontait tous les excès de Wall Street. Comment son mari, trader criblé de dettes à la sortie de ses études, s’était trouvé un véritable talent de vendeur et avait encaissé, année après année de trading à succès, des bonus qui ne semblaient jamais s’arrêter de croître. Comment la faillite de Lehman avait momentanément freiné son ascension financière, mais que resté chez le successeur, Barclays, il avait gagné encore plus d’argent. Comment la maison de 1000 mètres carrés avait fini par s’imposer après la maison dans les Hamptons et l’inscription au Country Club le plus cher de la région. Comment s’était aussi imposé le besoin irrépressible d’agrandir la maison de 300 autres mètres carrés. Comment son mari passait le jour du statut de superstar au travail à celui de père de famille à qui les enfants disent à peine bonsoir une fois rentré du bureau.

Mais Amy avait aussi appris quelques petites choses au contact d’autres épouses de Masters of the Universe, et notamment comment négocier son divorce quand on n’a pas signé de « prenup » ou « prenuptial agreement », ce contrat avant le mariage qui définit les conditions de sortie du couple. Armée du plus agressif avocat de Wall Street – de ceux-là même qui négocient les « alimony » ou pensions alimentaires, de plusieurs millions de dollars -, elle avançait dans son divorce, déterminée sur ce qu’elle souhaitait obtenir.

Amy était confiante. Elle avait tous les chiffres en tête et pensait obtenir plus de la moitié de la fortune de son mari. Elle savait qu’il faudrait vendre la maison de 1300 mètres carré, et elle savait que ce serait difficile, que les banquiers et autres avocats s’étaient assagis – et appauvris – depuis la crise de 2008. Elle savait qu’elle garderait la maison des Hamptons, un petit 300 mètres carrés en front de mer mais qu’elle renoncerait à ce manoir dont elle avouait ne pas avoir besoin. Elle savait aussi que les chiffres lui assureraient de ne jamais avoir à travailler. De l’assurance, elle en avait. Suffisamment pour m’affirmer d’un clin d’oeil alors que je la quittai : « You know, I am not gonna end up in the streets… »

Lori Gerber est charismatique. Elle n’a pas préparé de document powerpoint mais la structuration de sa présentation orale ne laisse aucun doute sur le fonctionnement de son cerveau : claire et convaincante, elle aborde tous les aspects de la question, y compris les quelques désagréments, avant même que son auditoire les évoque. Lori Gerber, la quarantaine énergique, parle une heure et demie sans le moindre bafouillement, en glissant régulièrement de l’humour et des petites notes personnelles pour retenir l’attention de son public. Lori n’est pas un haut potentiel dans une entreprise de Wall Street mais une mère de famille engagée pour recruter de nouveaux membres dans le mouvement scout de la communauté Larchmont/Mamaroneck, NY.

En cette chaude journée du mois de juin, une trentaine de mères et de petites filles se sont retrouvées dans un réfectoire d’école primaire pour s’enquérir du programme de Girl Scouts. La tradition est forte dans cette banlieue aisée du nord de New York, comme d’ailleurs dans le reste du pays qui compte près de 10 millions de scouts. La communauté de Larchmont/Mamaroneck, forte de 20000 habitants, ne comptait pas moins de 577 girl scouts l’année scolaire passée répartie dans 45 troupes. Les troupes elle-mêmes sont réunies en councils au nombre de 103 sur le territoire des États-Unis. Celui qui regroupe la communauté de Larchmont/Mamaroneck réunit 34000 fillettes. Un recrutement intense par le biais des écoles primaires permet un maillage serré de l’association qui suit les préceptes dictés par Baden Powell.

L’association des Girl Scouts Of America est née en 1912 en écho au courant d’origine anglaise. La loi des Girl Scouts précise le but de l’association:
I will do my best to be (je ferai de mon mieux pour être)
Honest and fair, (honnête et juste)
Friendly and helpful, (pour aider les autres et être leur amie)
Considerate and caring, (pour être prévenante)
Courageous and strong, and (courageuse et forte et)
Responsible for what I say and do, (responsable de mes actes et de mes paroles)
And to
respect myself and others, (Je ferai de mon mieux pour respecter les autres et moi-même),
respect authority, (respecter l’autorité)
use resources wisely, (utiliser les ressources avec sagesse)
make the world a better place, and (rendre le monde meilleur et)
be a sister to every Girl Scout. (être une soeur pour toute autre Girl Scout)

Les troupes regroupent dix à douze enfants conduites par une mère ou une tante volontaire pour participer à une multitude d’activités au sein de leur communauté et pour faire de ces petites filles des citoyennes actives, courageuses et entreprenantes. Le maître-mot est l' »empowerment » (terme difficile à traduire mais qui contient l’idée de prise en main et d’autonomie), que les petites filles retrouveront plus tard dans tous les mouvements féministes du pays : c’est en agissant, en prenant des initiatives et en partant en reconnaissance (to scout) que ces enfants deviendront des adultes responsables, qu’elles apprendront à prendre des décisions et à agir en leaders.

Les activités proposées aux enfants – à des âges où l’on n’attend pas forcément d’elles des initiatives – sont nombreuses: travaux manuels, récolte de dons en nourriture ou de vêtements usés, marche dans les parades, livraison de gâteaux aux policiers, pompiers et autres serviteurs des citoyens, attentions particulières aux anciens combattants. La liste est longue et toute candidate à la direction d’une troupe se voit proposer un livre détaillant les activités que pourront faire les chères têtes blondes et brunes en cas se manque d’inspiration..

On connait le côté militaire de l’association. Daisy, Brownie, Junior, Cadette, Senior et Ambassador : les fillettes passeront par pas moins de six stades pour atteindre le grade le plus élevé des Girls Scouts, celui que l’on affiche sur les dossiers de sélection d’université et sur les CV. A chaque étape, elles recevront les écussons témoignant de leurs réalisations et de leur engagement envers l’association. Le serment que les fillette apprennent et récitent, la main droite levée, les trois doigt du milieu en l’air, dans chacune des réunions, achève de compléter la vision militaire du groupe:« On my honor I will try to serve God and my country to help people at all times and to live by the Girl Scout law. » Le monothéisme de l’association a été contesté en 1992 devant les tribunaux et les enfants athées ont obtenu de l’association le droit de substituer le mot Dieu par ce qu’elles souhaitent, mais c’est toujours la première version qui leur est proposée au départ.

Mais on connait moins le côté mercantile de l’association. Si les Girl Scouts se sont imposées dans le paysage américain, c’est aussi parce qu’elles organisent pas moins de trois levées de fonds par an. A l’automne, les membres de l’organisation vendent des magazines et des bonbons. L’hiver, elles sollicitent leurs parents et au printemps, elles ratissent le pays en vendant les gâteaux les plus célèbres de ce côté de l’Atlantique. En porte à porte, aux voisins, aux familles, dans les entreprises, elles vendent plus de 200 millions de boîtes par an dans une course effreinée au nombre de boîtes vendues, qui se solde par des prix divers aux enfants ou à leurs troupes. En 2008, Jennifer Sharpe, une jeune fille de quinze ans, a ainsi vendu 17 328 boîtes de gâteaux dans le Michigan ! Les troupes gardent 10 à 15% du prix de vente des boîtes ($3.50 ou $4), tandis que l’association empoche environ la moitié du prix en bénéfice. C’est ainsi que les Girl Scouts génèrent près de $400 millions de revenus pour l’association tous les ans… Rien d’étonnant quand on sait que l’association emploie et paie plus de 400 employés dans son bureau de New York et entretient un réseau de 9500 personnes rémunérées dans le reste du pays…

Dimanche, la télévision américaine retransmettra la finale de Coupe du Monde la plus regardée de l’histoire du football dans le Nouveau Monde. Coupe du Monde après Coupe du Monde, l’intérêt pour le football n’a cessé de croître dans le pays du baseball, du basket-ball, du football américain et du hockey, avec deux fois plus de spectateurs qu’il y a quatre ans.

Les États-Unis se targuent d’avoir eu la première équipe de football en dehors de l’Angleterre en 1852 et avec plus de trois millions de membres, le football est à ce jour le sport de loisirs le plus pratiqué chez les enfants de 5 à 19 ans. La popularité du football a bien évidemment grandi avec sa population émigrée. Les ressortissants hispaniques, légaux et illégaux, aujourd’hui estimés à 15% de la population ou 45 millions d’individus, ne sont pas étrangers à la poussée du sport aux États-Unis particulièrement prisé sur les côtes et au sud du pays.

Et pourtant, malgré les chaînes en anglais ou en espagnol totalement dédiées au football, malgré les 17 millions de spectateurs qui ont suivi le match Etats-Unis-Angleterre le samedi 12 juin, malgré les nuées d’enfants qui s’adonnent au foot sous les conseils de leurs parents fraîchement convertis au sport le plus pratiqué de la planète, le football est encore loin en popularité des quatre autres grands sports de la télé américaine: le baseball, le basket-ball, le football américain et le hockey.

Les raisons sont diverses. Les Américains ne sont pas en mal de sport, la compétition est intense face à quatre grands sports nationaux aux saisons déjà très denses (une équipe de basket peut jouer jusqu’à 110 matchs si elle arrive en finale, une équipe de baseball jusqu’à 180 matchs dans l’année). Ensuite la météo est loin d’être uniforme sur un pays vaste comme dix-huit fois la France : les états du nord chérissent les sports d’intérieur tandis qu’au sud on hésite moins à sortir le nez dehors. Enfin, arrivés à l’adolescence, les garçons optent volontiers pour le football américain qui bénéficie d’une image plus flatteuse. David Beckham a certes glamourisé le football aux États-Unis mais plus grâce à sa femme que pour ses exploits de fin de carrière sur le terrain. Et puis Gisele Bünchen a épousé Tom Brady, un joueur de football américain, pas un joueur de soccer.

Mais surtout, si le football ne rencontre pas plus de succès télévisuel, c’est que le spectateur américain n’est jamais amené à rester 45 minutes d’affilée assis sur son canapé pour suivre un sport. Les quatre sports vedettes sont interrompus en permanence par des temps morts qui permettent aux chaînes de diffuser un nombre insupportable de pages de publicité. L’histoire ne dit pas si les quatre grands sports américains ont été façonnés à coups de temps morts par les télévisions pour optimiser les recettes publicitaires ou si c’est pour leur style haché que le spectateur y a accroché au fil des décennies plutôt qu’au football ou au tennis.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, c’est par les femmes que le soccer trouvera sa rédemption. Car les trois millions de pratiquants du sport sont autant des filles que les garçons. Les filles ne connaissent pas le stigmate du manque de féminité attaché au sport en Europe ou en Amérique latine et ne trouvent souvent pas de sport collectif plus intéressant à l’adolescence : le basket est réservé aux plus grandes, le « lacrosse » est trop élitiste, le volleyball inexistant en dehors des plages. Reste le football pour les raisons qui ont fait son succès planétaire. Et à voir comme les adolescentes américaines aiment leur sport, on finit par plaindre les jeunes européennes de ne pas avoir la chance de pouvoir jouer sans se voir railler.

La persistance des filles dans le football à l’adolescence porte d’ailleurs ses fruits : les États-Unis ont été deux fois champions du monde de football féminin dans les cinq dernières coupes du monde et trois fois troisièmes. La Coupe du Monde des femmes n’a pas le même retentissement planétaire que celle des hommes mais des joueuses comme Mia Hamm ou Michelle Akers ont trouvé leur chemin vers la postérité. Mia Hamm, qui a marqué en match international plus de buts que n’importe quel joueur masculin, faisait même partie du classement de 2004 de Pele des 125 meilleurs joueurs de foot vivants au monde au côté de sa compatriote Michelle Akers.

Une finale avec un pays d’Amérique latine aurait attiré un public plus curieux que celui qui se prépare à la finale de demain. Hélas, celle qui verra s’opposer les Hollandais et les Espagnols ne fera que renforcer le sentiment de certains spectateurs américains qui reprochent aussi au sport son égocentrisme européen…

La Foire aux Vanités

juin 30, 2010

Vanity
Excessive pride in one’s appearance, qualities, abilities, achievements, etc.; lack of real value; hollowness; worthlessness.

Fair
An exposition in which different exhibitors participate, sometimes with the purpose of buying or selling.

Littéralement la « Foire aux Vanités », le magazine Vanity Fair a l’honnêteté des ivrognes. Relancé en 1985 après cinquante ans d’absence des kiosques, le mensuel, connu pour ses scandales, ses photos splendides, son classement des hommes et femmes les plus élégants au monde et son côté glamour hollywoodien, s’adresse aux femmes avides de « culture pop, mode et politique ».

Le feuilletage des premières pages laisse la même impression que tout autre magazine féminin de luxe. La succession de pages de publicité – qui m’a fait renoncer pendant très longtemps à lire le magazine – donne au lecteur l’impression amère de n’être qu’une machine à consommer. Et pourtant, première curiosité du magazine, les publicités ne s’adressent qu’à des femmes alors que le lectorat est autant masculin que féminin (au moins dans mon entourage, ce qui, journalistiquement parlant, n’en fait pas une règle).

L’édito du rédacteur en chef, le très British – et pourtant Américain – Graydon Carter, arrive en page 24 dans le numéro de juillet traditionnellement mince. Le ton, très anglo-saxon, est à l' »understatement ». Malgré les apparences, on n’est pas là pour parler chiffons, maquillage et fanfreluches mais pour aborder des choses sérieuses: de Steve Cohen, le patron du plus gros hedge fund au monde à la tête d’une fortune de plus de 6 milliards de dollars qui donne sa deuxième interview en vingt ans, de Liz Taylor, précurseur avec Richard Taylor du couple Brangelina, enfin de Sally Quinn, mondaine de Washington qui a longtemps fait et défait les cercles politiques et sociaux de la capitale à travers sa chronique du Washington Post.

En une page bien troussée, toutes les recettes du magazine sont dévoilées: les journalistes enquêteront et écriront sur les turpitudes humaines. L’argent, l’ambition, le sexe, le pouvoir, les luttes d’influence, l’escroquerie seront au centre du magazine mais seulement chez les riches, les célèbres et les puissants. Vous me direz, c’est la même chose ailleurs: c’est Johnny et Carla Bruni-Sarkozy qui font vendre du papier, pas la mère Michel ou le père Lustucru.

Les articles phare du magazine sont écrits par des journalistes free lance présentés juste après l’édito: professionnels très confirmés, ils mettent parfois des mois à jeter leur histoire sur le papier après un travail d’investigation très approfondi. Le résultat est là: les articles sont fouillés, le style alerte, le déroulement cohérent, les exemples argumentés, les sources confirmées. Mais ce qui fait le style très personnel de Vanity Fair, c’est que le magazine se contente d’observer, de raconter, d’exposer, sans juger ni dénoncer, des faits, et de le faire avec un luxe inhabituel de détails.

Vanity Fair prend le lecteur par la main et lui montre le chemin, mais parfois le chemin est graveleux. Car Vanity Fair admire le succès mais vénère plus encore les chutes, surtout lorsqu’elles sont provoquées par l’orgueil. Bernard Madoff et Tiger Woods en ont fait les frais ces deux dernières années. VF ne s’est pas contenté de retracer la vie finalement très secrète du plus grand escroc du siècle, le magazine a aussi amplement enquêté sur la femme et les deux enfants de l’ex-milliardaire pour tenter de percer ce qui reste la grande inconnue de l’escroquerie: étaient-ils au courant? De façon pas moins sordide, le magazine a retrouvé des légions de prostituées et de maîtresses de Tiger Woods, toutes moins classes les une que les autres, et s’est délecté des récits de leurs turpitudes avec le champion. Les femmes ne sont pas non plus à l’abri: le magazine a sorti plusieurs articles que Sarah Palin où l’image de l’animal politique était fort éloignée de celle de la femme au quotidien.

VF enfouit des articles très sérieux sous des pages de rubriques diverses: the 60 minutes poll scrute l’humeur de la population sur des questions incongrues, le questionnaire de Proust sonde une célébrité qui n’est pas encore tombée, la Bright Young Think interroge une jeune femme du monde du cinéma ou des arts sur le chemin de la gloire. Comme partout, on aime les jolies femmes chez VF mais plus encore si elle viennent de la noblesse européenne ou des milieux bien nés de l’Amérique. Sans la moindre gêne, on célèbre les duchesses anglaises ou les comtesses italiennes si tant est qu’elles aient le port altier et la peau fraîche.

Mais ces chroniques légères semblent être un souffle de vent auprès des quelques articles qui font la très solide colonne vertébrale du magazine. La rédaction épuise un nombre très limité de sujets par numéro. Celui de juillet contient cinq articles de plus de 6 500 mots chacun, soit un total de plus de 40 000 mots, ou l’équivalent d’un livre de taille moyenne.

Tous les mois, je me jette avec avidité sur ce mélange inhabituel de sérieux et de futile. Car après tout, recevoir chez soi, régulièrement, pour une somme ridicule, l’équivalent d’un livre d’investigation, impertinent, curieux, distrayant, plein d’esprit, parfois cocasse, qui examine le monde, n’est-ce finalement pas le rêve de tout lecteur de presse ?

Who is she?

mai 23, 2010

Les Etats-Unis ont donné en début d’année le coup d’envoi à leur recensement décennal. La presse, en écho à ce colossal effort national pour compter les citoyens et définir leur mode de vie et leurs besoins en équipement, tente de caractériser la population américaine par le biais de critères que le recensement ignore – mais qui leur attireront des lecteurs…

Le sondage qu’Esquire a lancé en début d’année et dont les résultats sont dévoilés dans le numéro de mai n’est pas des moins ambitieux. Il promet de définir la femme américaine. Rien que ça ! Rappelons qu’Esquire est un magazine plutôt haut-de-gamme pour hommes : politique, société, culture, on y trouve les mêmes thèmes que dans la plupart des magazines pour hommes y compris et sans surprise, beaucoup d’articles sur les femmes que le magazine préfère bimbos.

Le sondage d’Esquire a offert à 10 000 lectrices de définir leurs choix politiques, leur vie sexuelle ou leur appétit pour la chirurgie esthétique. Le questionnaire fait par Internet ne représente qu’une frange de la population américaine, celle du lectorat du magazine, mais les résultats n’ont pas manqué de m’étonner: l’Amérique dans laquelle je vis ne ressemble pas à l’Amérique d’Esquire… Décryptons.

Questions 1 à 3 : la paye
Plus d’une femme sur deux gagne aussi bien ou mieux sa vie que son conjoint. Pas mal… Mais l’âge moyen des votantes (27.6 ans) explique la proportion puisque c’est plus tard que les femmes devenues mères voient la différence entre leurs revenus et ceux des hommes s’accroître.

Si – seulement – 2% des femmes se trouvent surpayées, 44% se trouvent justement payées, un pourcentage qui révèle une lucidité salvatrice dans un pays où on change d’employeur quand on ne se trouve pas assez payé plutôt que de séquestrer son patron.

Questions 4 et 43 : chirurgie esthétique
31% y ont déjà eu recours ou seraient prêts à y avoir recours et 21% trouvent qu’elles ont des petits seins. Ça en fait des interventions potentielles ou réelles sur une population de plus de 150 million de femmes…

Question 5 et 6 : religion
39% des femmes ne croient pas en Dieu. Pour un pays où les enfants font allégeance à leur pays, tous les matins, dès leur plus jeune âge, « under God », où les intronisations aux mandats publics se font la main sur la Bible, où les églises et les congrégations poussent comme des champignons, le pourcentage d’athées prouve une résistance non négligeable au prosélytisme….

Question 7 : changer l’huile d’une voiture
Il y a de l’huile dans une voiture?

Question 8 : la visite au strip club
42% des femmes y sont déjà allées. 42% ??? Je suis dans le train vers Manhattan entourées de 12 femmes. Cinq d’entre elles sont déjà allées dans un strip club… La jolie rousse peut-être et cette New Englander distinguée? Que vont-elles y faire ? Et la proportion chez les hommes, c’est combien?

Question 9 à 12 : questions de société
89% des votantes sont pour le mariage homosexuel et croient en l’évolution, quand 84% pense que la femme devrait pouvoir faire son choix en matière d’avortement. Mais alors, qu’est-ce qui permet au législateur d’introduire des restrictions à l’avortement dans le plan santé d’Obama, de réécrire les manuels scolaires dans certains Etats du Sud pour enseigner le créationnisme et d’interdire le mariage homosexuel dans 46 des 51 états américains ? Le grand public serait-il si mal représenté par ses élus ? Les Républicains ont-ils à ce point phagocyté les questions de société dans les médias ?

Question 13 : faire un créneau
84% des femmes prétendent savoir faire un créneau. Oops, on est encore loin du créneau à la parisienne…

Question 14 : le sport
Trois Américaines sur quatre font du sport toutes les semaines. Avec 64% de la population obèse ou en surpoids, je doute de la véracité de la statistique, même sur une population restreinte…

Questions 17 à 20 : les plus beaux et les plus admirables
A part le couple Obama, les plus beaux sont tous des acteurs et des actrices. Parmi elles, la sublime Christina Hendricks, l’un des premiers rôle de Mad Men, fait pâlir d’envie les 21% de votantes qui pensent avoir de petits seins et nous rappelle, fort à propos, l’étymologie francaise du mot « gorgeous ». Les plus admirables, eux, sont soit des hommes et femmes politiques, soit des présentatrices de télé… Seul Bill Gates est cité sans appartenir à aucun des deux mondes. Je cherche désespérément les sœur Teresa, Nelson Mandela, Dalaï Lama et autres prix Nobel à moins que… Obama y soit pour son prix Nobel de la Paix et Bill Gates pour son action humanitaire ?

Questions 21 à 26 : politique
Elles ne seraient que 11% à soutenir une candidature de Sarah Palin aux élections présidentielles de 2013. Ouf!!!

Questions 27 à 50 : vie amoureuse et sexuelle
La religion n’a eu droit qu’à deux questions, l’argent trois, la politique cinq et le sexe vingt-cinq ! Tout est dit sur la cible du journal… Voyons ce qu’on en apprend:

La fidélité : tandis que 24% des votantes reconnaissent avoir déjà trompé leur conjoint, la moitié affirment l’avoir déjà été… Les sondeurs du monde entier connaissent bien ce décalage entre l’infidélité des hommes et des femmes : les femmes sont toujours moins fidèles qu’elles le disent et les hommes moins infidèles…

La séduction : 94% des femmes se trouvent aussi ou plus séduisantes que leur conjoint. Et vlan!

Masturbation féminine : 55% des répondantes se masturbent au moins 1 à 2 fois par semaine. Qui sont-elles cette fois-ci mes six voire sept voisines de train qui s’adonnent à ces petits plaisirs personnels ? Et quand s’y livrent-elles ? Quand elles sont au strip club ? En regardant les films de Johnny Depp ou George Clooney, les hommes les plus séduisants du sondage ou en levant les yeux sur leur compagnon, qui n’est pourtant plus attirant qu’elles-mêmes que dans 6% des couples ?

Aussi peu scientifique soit-il, ce sondage est réconfortant. Il montre que la femme américaine n’est pas que le reflet poli transmis par les médias et les séries télé, qu’elle sait, en matière d’avortement ou de religion, prendre le contrepied des opinions les plus extrêmistes mais aussi les plus véhiculées, et qu’elle est, ma foi, heureuse de ce qu’elle est… Même si c’est aux dépens de son conjoint…