Dimanche, la télévision américaine retransmettra la finale de Coupe du Monde la plus regardée de l’histoire du football dans le Nouveau Monde. Coupe du Monde après Coupe du Monde, l’intérêt pour le football n’a cessé de croître dans le pays du baseball, du basket-ball, du football américain et du hockey, avec deux fois plus de spectateurs qu’il y a quatre ans.

Les États-Unis se targuent d’avoir eu la première équipe de football en dehors de l’Angleterre en 1852 et avec plus de trois millions de membres, le football est à ce jour le sport de loisirs le plus pratiqué chez les enfants de 5 à 19 ans. La popularité du football a bien évidemment grandi avec sa population émigrée. Les ressortissants hispaniques, légaux et illégaux, aujourd’hui estimés à 15% de la population ou 45 millions d’individus, ne sont pas étrangers à la poussée du sport aux États-Unis particulièrement prisé sur les côtes et au sud du pays.

Et pourtant, malgré les chaînes en anglais ou en espagnol totalement dédiées au football, malgré les 17 millions de spectateurs qui ont suivi le match Etats-Unis-Angleterre le samedi 12 juin, malgré les nuées d’enfants qui s’adonnent au foot sous les conseils de leurs parents fraîchement convertis au sport le plus pratiqué de la planète, le football est encore loin en popularité des quatre autres grands sports de la télé américaine: le baseball, le basket-ball, le football américain et le hockey.

Les raisons sont diverses. Les Américains ne sont pas en mal de sport, la compétition est intense face à quatre grands sports nationaux aux saisons déjà très denses (une équipe de basket peut jouer jusqu’à 110 matchs si elle arrive en finale, une équipe de baseball jusqu’à 180 matchs dans l’année). Ensuite la météo est loin d’être uniforme sur un pays vaste comme dix-huit fois la France : les états du nord chérissent les sports d’intérieur tandis qu’au sud on hésite moins à sortir le nez dehors. Enfin, arrivés à l’adolescence, les garçons optent volontiers pour le football américain qui bénéficie d’une image plus flatteuse. David Beckham a certes glamourisé le football aux États-Unis mais plus grâce à sa femme que pour ses exploits de fin de carrière sur le terrain. Et puis Gisele Bünchen a épousé Tom Brady, un joueur de football américain, pas un joueur de soccer.

Mais surtout, si le football ne rencontre pas plus de succès télévisuel, c’est que le spectateur américain n’est jamais amené à rester 45 minutes d’affilée assis sur son canapé pour suivre un sport. Les quatre sports vedettes sont interrompus en permanence par des temps morts qui permettent aux chaînes de diffuser un nombre insupportable de pages de publicité. L’histoire ne dit pas si les quatre grands sports américains ont été façonnés à coups de temps morts par les télévisions pour optimiser les recettes publicitaires ou si c’est pour leur style haché que le spectateur y a accroché au fil des décennies plutôt qu’au football ou au tennis.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, c’est par les femmes que le soccer trouvera sa rédemption. Car les trois millions de pratiquants du sport sont autant des filles que les garçons. Les filles ne connaissent pas le stigmate du manque de féminité attaché au sport en Europe ou en Amérique latine et ne trouvent souvent pas de sport collectif plus intéressant à l’adolescence : le basket est réservé aux plus grandes, le « lacrosse » est trop élitiste, le volleyball inexistant en dehors des plages. Reste le football pour les raisons qui ont fait son succès planétaire. Et à voir comme les adolescentes américaines aiment leur sport, on finit par plaindre les jeunes européennes de ne pas avoir la chance de pouvoir jouer sans se voir railler.

La persistance des filles dans le football à l’adolescence porte d’ailleurs ses fruits : les États-Unis ont été deux fois champions du monde de football féminin dans les cinq dernières coupes du monde et trois fois troisièmes. La Coupe du Monde des femmes n’a pas le même retentissement planétaire que celle des hommes mais des joueuses comme Mia Hamm ou Michelle Akers ont trouvé leur chemin vers la postérité. Mia Hamm, qui a marqué en match international plus de buts que n’importe quel joueur masculin, faisait même partie du classement de 2004 de Pele des 125 meilleurs joueurs de foot vivants au monde au côté de sa compatriote Michelle Akers.

Une finale avec un pays d’Amérique latine aurait attiré un public plus curieux que celui qui se prépare à la finale de demain. Hélas, celle qui verra s’opposer les Hollandais et les Espagnols ne fera que renforcer le sentiment de certains spectateurs américains qui reprochent aussi au sport son égocentrisme européen…

La Foire aux Vanités

juin 30, 2010

Vanity
Excessive pride in one’s appearance, qualities, abilities, achievements, etc.; lack of real value; hollowness; worthlessness.

Fair
An exposition in which different exhibitors participate, sometimes with the purpose of buying or selling.

Littéralement la « Foire aux Vanités », le magazine Vanity Fair a l’honnêteté des ivrognes. Relancé en 1985 après cinquante ans d’absence des kiosques, le mensuel, connu pour ses scandales, ses photos splendides, son classement des hommes et femmes les plus élégants au monde et son côté glamour hollywoodien, s’adresse aux femmes avides de « culture pop, mode et politique ».

Le feuilletage des premières pages laisse la même impression que tout autre magazine féminin de luxe. La succession de pages de publicité – qui m’a fait renoncer pendant très longtemps à lire le magazine – donne au lecteur l’impression amère de n’être qu’une machine à consommer. Et pourtant, première curiosité du magazine, les publicités ne s’adressent qu’à des femmes alors que le lectorat est autant masculin que féminin (au moins dans mon entourage, ce qui, journalistiquement parlant, n’en fait pas une règle).

L’édito du rédacteur en chef, le très British – et pourtant Américain – Graydon Carter, arrive en page 24 dans le numéro de juillet traditionnellement mince. Le ton, très anglo-saxon, est à l' »understatement ». Malgré les apparences, on n’est pas là pour parler chiffons, maquillage et fanfreluches mais pour aborder des choses sérieuses: de Steve Cohen, le patron du plus gros hedge fund au monde à la tête d’une fortune de plus de 6 milliards de dollars qui donne sa deuxième interview en vingt ans, de Liz Taylor, précurseur avec Richard Taylor du couple Brangelina, enfin de Sally Quinn, mondaine de Washington qui a longtemps fait et défait les cercles politiques et sociaux de la capitale à travers sa chronique du Washington Post.

En une page bien troussée, toutes les recettes du magazine sont dévoilées: les journalistes enquêteront et écriront sur les turpitudes humaines. L’argent, l’ambition, le sexe, le pouvoir, les luttes d’influence, l’escroquerie seront au centre du magazine mais seulement chez les riches, les célèbres et les puissants. Vous me direz, c’est la même chose ailleurs: c’est Johnny et Carla Bruni-Sarkozy qui font vendre du papier, pas la mère Michel ou le père Lustucru.

Les articles phare du magazine sont écrits par des journalistes free lance présentés juste après l’édito: professionnels très confirmés, ils mettent parfois des mois à jeter leur histoire sur le papier après un travail d’investigation très approfondi. Le résultat est là: les articles sont fouillés, le style alerte, le déroulement cohérent, les exemples argumentés, les sources confirmées. Mais ce qui fait le style très personnel de Vanity Fair, c’est que le magazine se contente d’observer, de raconter, d’exposer, sans juger ni dénoncer, des faits, et de le faire avec un luxe inhabituel de détails.

Vanity Fair prend le lecteur par la main et lui montre le chemin, mais parfois le chemin est graveleux. Car Vanity Fair admire le succès mais vénère plus encore les chutes, surtout lorsqu’elles sont provoquées par l’orgueil. Bernard Madoff et Tiger Woods en ont fait les frais ces deux dernières années. VF ne s’est pas contenté de retracer la vie finalement très secrète du plus grand escroc du siècle, le magazine a aussi amplement enquêté sur la femme et les deux enfants de l’ex-milliardaire pour tenter de percer ce qui reste la grande inconnue de l’escroquerie: étaient-ils au courant? De façon pas moins sordide, le magazine a retrouvé des légions de prostituées et de maîtresses de Tiger Woods, toutes moins classes les une que les autres, et s’est délecté des récits de leurs turpitudes avec le champion. Les femmes ne sont pas non plus à l’abri: le magazine a sorti plusieurs articles que Sarah Palin où l’image de l’animal politique était fort éloignée de celle de la femme au quotidien.

VF enfouit des articles très sérieux sous des pages de rubriques diverses: the 60 minutes poll scrute l’humeur de la population sur des questions incongrues, le questionnaire de Proust sonde une célébrité qui n’est pas encore tombée, la Bright Young Think interroge une jeune femme du monde du cinéma ou des arts sur le chemin de la gloire. Comme partout, on aime les jolies femmes chez VF mais plus encore si elle viennent de la noblesse européenne ou des milieux bien nés de l’Amérique. Sans la moindre gêne, on célèbre les duchesses anglaises ou les comtesses italiennes si tant est qu’elles aient le port altier et la peau fraîche.

Mais ces chroniques légères semblent être un souffle de vent auprès des quelques articles qui font la très solide colonne vertébrale du magazine. La rédaction épuise un nombre très limité de sujets par numéro. Celui de juillet contient cinq articles de plus de 6 500 mots chacun, soit un total de plus de 40 000 mots, ou l’équivalent d’un livre de taille moyenne.

Tous les mois, je me jette avec avidité sur ce mélange inhabituel de sérieux et de futile. Car après tout, recevoir chez soi, régulièrement, pour une somme ridicule, l’équivalent d’un livre d’investigation, impertinent, curieux, distrayant, plein d’esprit, parfois cocasse, qui examine le monde, n’est-ce finalement pas le rêve de tout lecteur de presse ?

Mad of Mad Men

avril 4, 2010

Le 23 mars 2010, sortait en grande pompe dans les Blockbuster et autres Netflix du pays la troisième saison de Mad Men. Une saison d’une série télé qui sort en DVD, c’est au choix vingt-six ou malheureusement dans le cas de Mad Men, seulement treize épisodes de quarante-cinq minutes à s’enfiler les uns derrière les autres, sans publicité, à la meilleure heure du jour, quand les enfants sont couchés. Six cents minutes, dix heures de bonheur pur.

Mad Men, c’est l’histoire de publicitaires (« Ad Men »), un peu déjantés (MAD), installés sur MADison Avenue à New York. La série se passe au début des années 1960 et raconte le quotidien d’une agence vieille de quarante ans mais à la pointe de la création. Si le cadre est atypique, les ingrédients de Mad Men ne sont pas bien différents de ceux des autres séries télé. Des hommes (les publicitaires, commerciaux ou créatifs) et des femmes (leurs assistantes) se croisent sur leur lieu de travail (l’agence). Les hommes règnent sans partage sur un monde qui obéit à leurs règles, celles de fils de très bonnes familles élevés dans les meilleures universités mais qui ne sacrifient pas la camaraderie professionnelle à leurs ambitions.

Ces hommes sont mariés à des femmes au foyer qui s’occupent des enfants, s’ennuient, prennent des amants et organisent des ventes de charité où s’entrecroisent dames patronnesses et obscurs responsables politiques locaux. Les hommes, eux-mêmes, trompent leur femme avec les secrétaires de l’agence, l’institutrice de leurs enfants ou des clientes fortunées. Le héros, Don Draper, « créa » de génie, est joué par le séduisantissime Jon Hamm, regulièrement classé parmi les hommes les plus sexys du paysage médiatique. Sa femme, Betty, est campée par la non moins charmante January Jones, un heureux mélange de Grace Kelly et de Gwyneth Paltrow.

Avant même le début de chaque épisode, le générique magnifique introduit, dans une extrême concision, les thèmes de la série. Don Draper y trébuche et tombe, entraîné dans le tourbillon de son génie créatif au gré des campagnes de cet art naissant qu’était la publicité des années 1960. Le héros choit sur une musique entêtante, curieusement extraite d’un morceau du rappeur Aceyalone, alors que défilent en arrière-plan des marques naissantes et du Pop Art. La publicité découvrait qu’elle pouvait faire tout vendre à des consommateurs confortés par l’augmentation récente mais certaine de leur niveau de vie.

La fascination qui entoure la série aux près de trois millions de spectateurs tient à la formidable reconstitution du début des années 1960 aux Etats-Unis. Les personnages évoluent sur fond des discours de Martin Luther King et de l’assassinat de Kennedy. Ils réalisent que les Noirs, qu’ils appellent encore « Negros », aspirent à être plus que les bonnes de leurs enfants ou les garçons d’ascenseur de leurs bureaux. Les publicitaires découvrent même que cette minorité peut représenter une cible marketing et une niche importante en matière de consommation, même si leurs clients avouent sans vergogne redouter que leur marque devienne une « marque de Noirs ».

Les femmes de la série, elles aussi, incarnent les aspirations de l’époque. Peggy Olson, jouée par la piquante Elizabeth Moss – qui a bien grandi depuis qu’elle jouait la fille du Président Bartlet dans une autre série de très grande qualité, The West Wing – s’impose comme talentueuse copywriter, promue grâce à son talent après avoir commencė comme simple secrétaire à l’agence. Jusque là, les femmes ne pouvaient espérer beaucoup mieux que d’épouser le patron en terme d’avancement professionnel. Betty Draper, elle, essuie les préjugės lorsqu’elle souhaite obtenir le divorce de son mari. A l’époque, dans l’État de New York, seul l’adultère (prouvé) permettait de se séparer de son conjoint. Betty n’est plus amoureuse de son mari volage et dissimulateur mais le bonheur des époux ne fait pas encore partie des critères du mariage ou de la séparation.

Outre la reconstitution sociale, la série s’illustre par des décors fidèles et des costumes impeccables. Le noir n’a pas encore envahi la mode et il faudra attendre encore trois décennies pour que la tenue « business casual » s’impose au travail en Californie puis dans le reste du pays. Les femmes rivalisent de couleurs et tentent de voler l’attention par des chapeaux sophistiqués. Si le bureau exige des tenues sobres mais élégantes, les femmes expriment toute leur exubérance vestimentaire dans les country clubs où se faisaient, et se font toujours, les affaires de leurs maris qui les offrent aux regards comme des trophées.

Le rythme très lent des épisodes contribue au sentiment diffus d’un monde perdu, celui de l’entreprise familiale où on prend le temps de faire carrière, celui des relations humaines qui se construisent progressivement autour d’un verre, d’une table de réunion ou d’un dîner, celui des décisions et des virages qui se prennent en douceur. Contrairement aux autres « 24 » et autres « Lost » qui noient le spectateur sous des acrobaties invraisemblables, les situations dans Mad Men mettent du temps à s’installer et évoluent sur plusieurs épisodes. Les personnages grandissent, se consolident jusqu’à ce que les spectateurs entrent dans leur intimité.

Ce qui frappe sans doute le plus le spectateur dans l’harmonieux ensemble, c’est l’alcool et le tabac consommés par les personnages á tout moment de la journée. Toute conversation au bureau ou á la maison se tient autour d’un verre, si possible de whiskey, á n’importe quelle heure du jour. Les femmes ne boivent pas moins que les hommes et les mères de famille partagent volontiers une bouteille de vin quand elles se réunissent l’après-midi, autour des enfants. Le tabac lui aussi fait oublier combien les campagnes de santé publique ont modifié les habitudes de consommation dans les dernières décennies. Hommes et femmes fument tout le temps et partout, y compris dans les lieux publics et à l’hôpital. Les producteurs de la série, accusés de propager le vice, ont confirmé la place des deux addictions dans la vie des Américains dans les années 1960.

J’ai fini hier le 13ème et dernier épisode de la saison. C’est la fin. Une série qu’on aime, c’est quinze jours de bonheur puis cinquante semaines de purgatoire. Et puis un jour, les producteurs jettent l’éponge et le fan ne souhaite qu’une chose, c’est qu’on fasse mourir les personnages. Pour ne pas les regretter.

My Sister’s Keeper

décembre 16, 2009

Kate a quinze ans et une leucémie qui la dévore depuis sa toute petite enfance. Anna, sa petite sœur de onze ans, a été conçue par fécondation in vitro de façon à être génétiquement compatible avec sa soeur et à pallier ses déficiences sanguines. Dès cinq ans, Anna a régulièrement donné sang et moëlle épinière à Kate et l’a ainsi maintenue en vie, jusqu’au jour où une déficience rénale déclenche l’urgente nécessité d’une greffe. Anna refuse de donner un de ses reins et cherche, devant la justice, à obtenir son émancipation médicale. Isolé, Jesse l’aîné souffre en silence de son inexistence au sein de la famille.

Si le point de départ de My Sister’s Keeper semble tout droit sorti du Meilleur des Mondes d’Huxley ou de Never Let me Go, de Ishiguro (Anna se définit comme réservoir de pièces détachées pour sa sœur), le déroulement de l’histoire est pourtant bien ancré dans le quotidien et montre avec lucidité les conséquences de la maladie sur l’équilibre de la famille. Les parents, et notamment la mère qui a abandonné une prometteuse carrière d’avocate pour se consacrer toute entière à la guérison de sa fille, arbitrent constamment et consciemment entre le bien-être de leurs enfants : même si cela l’empêche d’avoir la vie qu’elle serait en droit d’espérer, donner un rein est pour Anna bien moins tragique que pour Kate de mourir. Quant au sort de Jesse qu’on découvre dyslexique et solitaire, il reste aux yeux de ses parents, qui n’ont que trop peu de temps à lui consacrer, encore bien plus enviable que celui de sa cadette.

Les femmes mènent la danse dans le film réalise par Nick Cassavettes, fils de John Cassavettes et de Gena Rowlands. Cameron Diaz, criante de vérité, joue Sara, la mère manipulatrice et jusqueboutiste qui lutte avec la force du désespoir pour la guérison de sa fille. Elle tord en permanence le bras au cours des choses et élabore jusqu’au dernier souffle de sa fille des solutions pour échapper à l’issue fatale. Sara sacrifie un à un les membres de sa famille pour sauver le plus fragile, sans jamais douter de ses décisions, guidée dans chacun de ses actes déraisonnés par un amour infini pour sa famille. 

Le personnage de Kate, joué par la jeune actrice Sofia Vassilieva, est plus conventionnel dans sa lutte : l’adolescente passe par les phases d’espoir, de joie, de déception, d’abattement, de colère puis de résignation face à la maladie. Enfin, Abigail Beslin campe une Anna obstinée et confirme, dans un rôle plus grave où elle donne l’étendue de son talent d’adolescente, ses débuts tonitruants avec Kit Kitteridge et Little Miss Sunshine .

Les hommes sont plus en marge de l’histoire mais chacun à sa façon fait exploser le carcan imposé par la mère : le père en s’opposant violemment à sa femme pour offrir à sa fille ce que sa mère refuse de voir comme une dernière volonté, un simple après-midi, en famille, à la plage ; le fils qu’on n’écoute et n’entend jamais, en finissant par supplier sa mère d’enfin suivre les désirs de Kate ; enfin l’avocat avide joué par Alec Baldwin qui, seul, empathique, défendra les droits d’Anna.

My Sister’s Keeper n’a connu qu’un succès mitigé à sa sortie et finit au 57ème rang du box-office américain en 2009. C’est que l’Amérique n’aime pas les sujets graves qui se terminent mal. Le film déclenche des crises de rire nerveux ou des torrents de larmes. Mais si l’intrigue du départ est tordue et peu crédible, l’histoire est, au fond, infiniment simple et belle : celle de l’amour inconditionnel entre deux parents et leurs trois enfants.

Magic Kingdom

décembre 3, 2009


Tout imbus de notre présumée supériorité culturelle de Français, nous étions partis pour détester Disney, malgré les encouragements d’amis américains, malgré les shorts que nous avions pu ressortir en Floride, malgré l’enthousiasme prudent de nos enfants qui n’osaient se réjouir du faux-pas que leurs parents pensaient irrémédiablement commettre. Et pourtant, c’est volontairement que nous avions pris nos $500 de billets pour la journée, notant au passage que si pour Disney nous sommes tous des enfants, le tarif adulte commence pourtant dès dix ans…

En arrivant le matin avant 11h00, nous avons vite compris que nous avions commis un premier réel faux-pas en venant le lendemain de Thanksgiving (et en traînant au petit-déjeuner). Jamais à l’abri d’un cliché désobligeant sur le pays qui pourtant nous accueille, nous avions imaginé que tous les Américains auraient passé la nuit dans des sacs de couchage en ce jour de Black Friday, à l’entrée des centres commerciaux, pour acheter des produits dont ils n’ont pas besoin et qu’ils auraient du mal à payer, et seraient donc trop fatigués, et trop fauchés, pour aller voir Mickey. Tous les Americains, sauf environ 100 000 qui se dirigeaient hâtivement vers l’entrée de Magic Kingdom. Disney se garde bien d’afficher les courbes de fréquentation du parc et on les comprend.

La gestion des flux de voitures à Disney est remarquable. D’énergiques employés nous ont fait rejoindre une allée baptisée Goofy 50, l’une des quelques 120 allées doubles de véhicules que nous avons identifiées dans notre parking. Sans un bouchon, les allées se remplissaient à une vitesse à faire pâlir d’envie l’organisation du Mont-Saint-Michel où nous avons expérimenté le même exercice l’été dernier avec beaucoup moins de fluidité. Une fois le véhicule garé, le personnel Disney nous a dirigés vers un petit train qui emmène les hordes de visiteurs et un nombre hallucinant de poussettes vers un monorail qui lui n’a rien à envier à l’aéroport d’Orlando. La foule est dense mais par un habile système de queues qui serpentent en lacets sur des centaines de mètres, le visiteur marche beaucoup, piétine peu, et le temps passe.

Une fois la voiture au parking, il nous a fallu au total 45 minutes pour atteindre l’entrée du parc qui débouche sur la vision proprette d’une rue traditionnelle américaine, Main Street, où se succèdent restaurants et boutiques de souvenirs. Au fond de Main Street (qui signifie aussi, en jargon journalistique, l’Amérique moyenne, par opposition à Wall Street) se détache l’iconique château de Cendrillon que toutes les petites filles pointent, émerveillées, du doigt. La parade qui part au même moment au son du « Make your dreams come true » achève de nous emballer par sa bonne humeur : les enfants reconnaissent tous les personnages, les échassiers tapent dans les mains des spectateurs en passant, les danseurs effectuent une chorégraphie simple et enjouée, la musique nous hantera le reste de la journée…

Revigorés par l’accueil, nous nous précipitons vers Space Mountain et son système de « Fast Pass » qui permet de réserver sa place à l’avance pour ne pas avoir à faire les 60 à 90 minutes de queue. Las, le boîtier nous indique que nous pourrons faire notre tour de roller coaster entre 19h20 et 20h20, soit huit heures plus tard… Nous repartons résignés, les grands dont la somme des âges approche 120, déclarant que ce jour sera celui de la petite dernière, 5 ans, et des attractions à moins de 30 minutes d’attente. Et toute la famille d’enchaîner les chevaux de bois, les tasses, l’île de Tom Saywer, les auto-tamponnantes… Le point culminant de la journée restera la visite de la moins technologique des attractions, la maison de Minnie. Avec ses fenêtres bombées et sa cuisine aux ustensiles animés, la demeure emporte tous les suffrages. Miraculeusement, les grands trouvent le moyen de faire le Splash Mountain, le « Fast Pass » promettant des places une heure plus tard. Enfin, le train hanté aura raison de notre patience en cédant, devant nous, par panne électrique après nos 45 minutes d’attente…

Si Disney ne nous a pas amusés, l’organisation du parc nous a toutefois fascinés. Les queues en lacets minimisent considérablement le sentiment d’attente, les flux de visiteurs sont en permanence canalisés par des employés, les parades affichent la diversité ethnique du pays, la moindre attraction a des capacités gargantuesques pour amuser des dizaines de touristes à la fois, chaque employé dévoile son origine géographique sur son badge, ce qui provoque des oh! et des ah! des visiteurs qui ont toujours un frère, un cousin ou un ami lointain habitant dans le même coin. Enfin Disney attire un incroyable patchwork de touristes de tous âges, origines, religions, gabarits, si bien que le spectacle est tout aussi dans la foule. L’Amérique est là.

Nous n’avons pas détesté Disney, intrigués par la formidable machine, mais la prochaine fois, nous irons au Jardin d’Acclimatation pour faire les chevaux de bois, les tasses et les auto-tamponnantes, avec moins de marketing, tout autant de sensations et un budget bien plus raisonnable…