Le 360°

mai 11, 2017

Homo deusIl est peu dire que la lecture de Sapiens m’a ravie et emportée. L’auteur, Yuval Harari, en parvenant à synthétiser des informations provenant de disciplines variées pour en faire un récit haletant, voire drôle parfois, a produit un véritable chef-d’oeuvre dont la lecture fut jouissive. Un opus avalé en moins d’une petite semaine de vacances. Ce n’est pas un roman de gare, j’y ai tout de même mis un peu le temps, on a beau aimer, la lecture peut ne pas en être facile.

Deuxième partie de l’histoire, Homo Deus. Surfant sur un succès mondial en 2015 – ou simplement parce qu’il avait encore beaucoup de choses à dire, des choses qui donnent parfois l’impression de n’avoir pas été assez importantes pour Sapiens mais qui avaient besoin d’être placées dans Homo Deus -, Yuval Harari fait un demi-tour. Après nous avoir parlé de 70 000 années de notre passé,  l’auteur s’attaque à notre futur avec toutes les précautions d’usage. Bien sûr, il n’est pas devin, et tout n’est que conjectures sur le devenir de l’humain mais Harari tente de jeter quelques supputations sur la table compte tenu des très profondes mutations auxquelles l’homme est confronté depuis le début de la révolution technologique il y a vingt ans. C’est malgré tout le thème du livre, rien que ça.

La structure de Sapiens était évidente : même si l’école d’aujourd’hui récuse la vision chronologique de l’histoire pour se concentrer sur des thèmes, Sapiens partait du plus ancien pour finir sur notre présent, au moins, la logique de progression du livre faisait sens. Dans Homo Deus, c’est moins clair, mais comme dans tout bon exposé, la pensée se découpe en trois parties : tout d’abord l’homo sapiens conquiert le monde, puis y donne un sens pour finalement en perdre le contrôle.

Dans Homo Deus comme dans Sapiens, le déroulé est articulé selon le même principe : l’auteur avance une idée, l’illustre par un exemple pris dans l’histoire, la biochimie ou la psychologie, l’étaye de quelques chiffres s’il en a sous la main et en tire les conséquences vers une autre idée. Les illustrations rendent le récit à nouveau incroyablement vivant.

Harari développe à l’envi certains thèmes très à la mode : le remplacement de l’humain par des robots, le transhumanisme, les cyborgs. Rien de nouveau de ce côté-là, l’humain non qualifié se verrait irrémédiablement remplacé par des machines plus efficaces et dont les capacités ne seront pas brouillées par les émotions. Seul l’humain très qualifié capable de décrypter les algorithmes qui gèreront ces robots et de les améliorer trouvera sa place, captant par la même occasion une part de richesse plus grande encore que ce que les GAFA s’arrachent aujourd’hui. Difficile de ne pas se sentir angoissé par ce que nous prédit Harari. Et, à moins d’être doté d’une confiance en soi exceptionnelle qui nous ferait croire que nous et nos descendants pourront faire partie de ces heureux élus et qui ne serait sans doute que l’effet d’une funeste illusion, difficile de ne pas se voir en être réduit à l’inactivité par des machines plus efficaces. Home Deus peut être très anxiogène !

Au-delà de ces thèmes maintenant quasi-éculés, Harari lance d’autres conjectures plus iconoclastes.  Il s’interroge sur la réalité de l’esprit et de la conscience que la science nient. Ou bien il nous démontre comment les grandes révolutions ont été faites par un tout petit nombre d’hommes qui, chaque fois, ont su s’imposer à un très grand nombre d’hommes par leur coopération. Ces idées ne sont peut-être pas très nouvelles dans certains cercles de chercheurs mais l’auteur les démontre avec une telle conviction que la vulgarisation fonctionne bien. Je serais bien loin de pouvoir le contrer sur quelqu’une de ses idées.

Harari est un historien et tout au long de Sapiens et d’Homo Deus, il s’interroge régulièrement sur le rôle de l’historien. Comme s’il avait des scrupules de nous avoir prévu un futur si triste, Harari nous rassure : sa prédiction est moins une prophétie qu’un moyen de nous faire discuter nos choix présents. Et si par hasard, la discussion nous les faisait revoir, alors elle invaliderait la prédiction. Nous avons donc la solution entre nos mains : pour que tout cela n’arrive pas, il suffirait donc d’en parler. CQFD.

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One Response to “Le 360°”

  1. Eric Thibault Says:

    Strangely the way Harari proceeds in Sapiens reminds me of this BBC program called Connections. In exactly the same manner, it analyses the consequences of human inventions / discoveries and the way they interconnect in random and unpredictable ways.

    Information and data is what is now shaping our Life… and curtailing our freedom. I can see that you sent your article at 5.01a.m. which makes me then speculate that you either had a sleepless night or fell out your bed or had to catch the 7.13a.m. train to St. Pancras… plus trop de « jardin secret », mais j’espère me tromper I also hope that Homo Deus does not leave us with this gloomy vision of what would be our unavoidable destiny…


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