Pleurez, chaumières, j’ai eu la palme d’or à Cannes !

novembre 12, 2016

4,4 sur Allociné. C’est la note moyenne des spectateurs qui m’a incitée à aller voir Moi, Daniel Blake alors que j’avais oublié que le film de Ken Loach avait aussi remporté la dernière palme d’or à Cannes. Sachant que le film le mieux noté par les spectateurs d’Allociné atteint tout juste le 4,6, nul doute que le dernier Loach devait flirter avec le statut de chef-d’œuvre.

Moi, Daniel Blake raconte les démêlées d’un homme malade et d’une mère de deux enfants dans les arcanes des aides sociales en Angleterre. Ken Loach y dénonce une fois de plus la misère, le libéralisme et la dérive d’un système social qui exclut bien plus qu’il ne réinsère.

Il n’y a aucun doute, Ken Loach sait faire un long métrage. La direction d’acteurs est parfaite, le film n’est ni trop long ni trop court, le scénario se déroule avec le degré d’intensité et de drame nécessaire, Ken Loach parvient même à nous arracher un ou deux sourires même si, mon Dieu, sourire dans Moi, Daniel Blake, c’est forcément sourire un peu « jaune ».

Au-delà d’un parfait produit fini, la vision du monde de Ken Loach est d’une noirceur sans limite. Ses thuriféraires me diront que ce n’est pas seulement sa vision du monde, mais que c’est le monde lui-même qui est comme ça. Peut-être. Peut-être qu’il n’y a d’humanité que dans la pauvreté, peut-être qu’il n’y a pas d’humanité dans l’administration et que, quand, par erreur, elle s’exprime, elle se fait sanctionner. Peut-être qu’effectivement pour une femme élevant seule ses deux enfants, la seule issue possible dans l’Angleterre d’aujourd’hui reste la prostitution aimablement proposée par une maquerelle et son homme de main. Peut-être que l’administration anglaise force à travailler les malades quand bien même le travail met leur vie en danger.

Ne cherchez pas le moindre espoir, dans ce film, il n’y en a pas. Chaque fois que le scénariste avait un choix à faire dans le déroulement de l’histoire, il a systématiquement privilégié la pire des solutions, si bien que nos deux personnages ne font que s’enfoncer au fur et à mesure du déroulement du film. En fait, le seul espoir, c’est quand nos deux protagonistes décident de s’entraider, quand la pauvreté rencontre la détresse en quelque sorte, mais à part cela, rien.

En sortant de la projection de ce film, je n’ai pu m’empêcher de me dire que le jury de Cannes devait être allé se gaver de petits fours et de Champagne après avoir décerné son prix. Il est vrai qu’il devait être tout noué d’avoir vu dans le film de Ken Loach une femme se précipiter sur une boîte de conserve pour n’avoir pas mangé depuis trois jours, mais aussi trop heureux d’être épargné par la misère de Newcastle.

Est-il permis de dénoncer à son tour le manichéisme d’un homme de 80 ans qui pourtant a dû voir, depuis sa naissance, les progrès sociaux faits en Europe ? La machine à faire pleurer dans les chaumières fonctionne parfaitement puisqu’elle permet d’obtenir une palme d’or à Cannes, mais sans hélas offrir la moindre nuance ou la moindre alternative à cette vision éminemment noire de l’humanité. Dénoncer est une chose, mais que se passe t-il ensuite ?

Ce n’est peut-être pas le rôle du metteur en scène de proposer des solutions et d’agir, mais se contenter de montrer à l' »élite » autoproclamée du cinéma la misère qu’elle ne connaît pas ressemble à un entre-soi accusateur et paresseux.

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