Keep calm and enjoy, 25 is the new 15!

octobre 14, 2016

Ce soir, je m’engouffre dans un restaurant du XIème arrondissement pour y retrouver une centaine de mes condisciples qui s’apprêtent à célébrer le 25ème anniversaire de notre promotion HEC. Beaucoup viennent de Paris ou de sa banlieue, d’autres ont pris l’avion du Japon, des Etats-Unis, de Tchéquie, de Pologne, du Brésil, d’autres encore le train de Suisse, d’Angleterre, de Belgique ou simplement de Lyon, et leurs visages montrent déjà leur joie d’être là après des heures de transport.

Certains se sont revus depuis 25 ans : hier, la semaine dernière, en 2015 ou il y a dix ans. D’autres, dès l’entrée dans le restaurant, dévisagent le ou la nouvelle venue pour tenter de remettre un nom ou un prénom sur un visage à la fois familier et oublié, et pour imaginer, un ou des métiers, une ou des vies amoureuses, des enfants et bien d’autres choses.

Rewind, 1991.your-plan

En 1991, pour un jeune diplômé d’HEC, trouver un travail était sans doute plus simple que pour d’autres, l’employeur savait ce qu’il achetait : une tête généralement bien faite, quelques fondamentaux techniques de la gestion des entreprises acquis pour être rapidement productif, une bonne adaptabilité. Mais bardé de son diplôme, le jeune de 22 ou 23 ans n’en était pas moins pétri de doutes et de questions sur ses choix et son avenir.

Dans bien des cas parmi cette assistance, nous étions entrés à HEC parce qu’un chouia compétitifs, travailler un ou deux ans comme un âne en classe préparatoire nous avait amusés, voire passionnés. Avec un peu de chance, nous avions un ou deux points forts, une petite facilité pour les maths, une plume plutôt alerte ou un talent pour les langues et nous nous étions retrouvés, parfois à notre grand dam, dans la sacro-sainte école de commerce française à faire tout autre chose que ce à quoi la classe préparatoire nous avait préparés.

A la sortie d’HEC, les choses ont semblé, pourtant, aller de soi. Nos goûts pouvaient nous porter autre part mais il fallait tout d’abord capitaliser sur le diplôme qui venait de nous être remis. De mon côté, la pression familiale, réelle ou ressentie, ajoutait aux attentes grandioses. Certains d’entre nous sortaient de familles bien établies dans l’entreprise et faire HEC n’était que perpétrer la lignée parentale. Pour d’autres, entrer à HEC signifiait crever un plafond de verre familial dont il allait falloir faire quelque chose.

Toutes ces petites fusées se sont donc lancées, le plus souvent de façon hésitante, parfois même chaotique. La plupart ont commencé à travailler dans des entreprises plutôt grandes, parfois petites, en France ou déjà à l’étranger : banques, sociétés d’audit, sociétés de conseil, cabinets d’avocats, entreprises de grande consommation, entreprises de distribution, entreprises pharmaceutiques, tel Cronos chez Goya, allaient avaler cette nouvelle fournée de jeunes diplômés. Et nous, savions-nous réellement à quoi nous aspirions ?

Fast Forward, 2016.

25 années plus tard, les trajectoires professionnelles sont bien engagées, certains qui avaient embrassé des carrières dans des grands groupes publics sont déjà retraités après avoir profité des conditions généreuses des régimes spéciaux.

25 années plus tard, ceux qui avaient fait des compromis avec leurs rêves, leurs valeurs ou leurs idéaux les ont cassés pour rejoindre des chemins moins balisés mais plus en accord avec leurs désirs profonds. Notre promotion a ainsi son lot d’artistes, de politiciens, de chercheurs et de professeurs, de pères et mères au foyer, de fonctionnaires internationaux, etc.

Beaucoup sont restés dans l’entreprise. Parmi ceux qui avaient rejoint les acteurs du CAC40 ou d’autres indices boursiers internationaux, nombre sont ceux qui les ont quittés pour créer leur propre entreprise ou devenir consultants, gagnant une liberté et une indépendance que les monstres ne réussissaient plus à leur offrir. Ceux qui avaient embrassé des carrières dans la finance, ogre du début des années 1990 alors que l’industrie connaissait une croissance exponentielle, ont connu la violente crise de 2008 en France et ailleurs et d’aucuns ont dû se réinventer dans des matières connexes. Ceux qui habitent à l’étranger reflètent par leur parcours aux quatre coins de la planète l’accélération de la globalisation des trois dernières décennies.

Côté vie personnelle, la période procréatrice des femmes est finie. Les couples formés au lycée ou sur le campus qui ont vite eu des enfants leur financent déjà des études supérieures, à HEC parfois pour la deuxième, voire troisième génération. Certains de ces enfants travaillent même déjà.

Certains hommes sont venus avec leur jeune compagne qui leur a donné des enfants ou une deuxième série d’enfants, d’autres ne sont pas venus, fatigués de nuits blanches avec des nouveau-nés. D’autres partiront tôt pour être certains de relever à temps la baby-sitter.

demi-parabole25 ans plus tard, chacun est-il là où il devrait être ? Les coups de chance et de malchance ont-ils fini par s’annuler dans nos carrières et nos vies personnelles, nos trajectoires sont-elles dorénavant tracées en des demi-paraboles prophétiques ? Le reste de nos vies ne sera-t-il plus que la consolidation d’élans déjà engagés entre des vies professionnelles où l’on apprend moins, des enfants à finir d’élever et des parents qui vieillissent et requièrent plus d’attention ?

Je laisserai aux thuriféraires de Bourdieu le soin de nous examiner sous l’angle du capital social et d’analyser l’influence de nos études à HEC sur nos vies. Mais du bout de ma toute petite lorgnette de cadre de grande entreprise à la carrière la plus classique et la moins risquée qui soit, je suis fascinée par la diversité de ces parcours, comment nous étions en apparence tous au même endroit et au même point il y a 25 ans et combien nos vies ont pris des tours différents. Sans doute parce que non, nous n’étions pas du tout au même endroit ni au même point…

La majorité d’entre nous est à peine marquée par le temps. Certes, les cheveux grisonnent ou se sont raréfiés, la barbe peut avoir poussé sous l’influence d’une mode capricieuse et quelques kilos ont parfois envahi les tours de taille mais les esprits restent plus alertes que jamais, la curiosité est partout, l’envie d’entreprendre dans nos vies professionnelles et privées ne fléchit pas. Les réussites semblent relativisées, les échecs assumés, n’est restée, le temps d’une longue soirée, que la joie de passer un formidable moment ensemble.

Alors, vous savez comme dans les magazines féminins on célèbre toujours les X ans, qui sont toujours le nouveau X-10 ans, et bien, pour vous, pour nous, aucun doute : les 25 ans de promotion sont le nouveau 15 ans ! Et puis, allez, je ne résiste pas à l’envie de fredonner une petite chanson de mon adolescence d’un chanteur qui a, lui aussi, sacrément évolué au cours de ces 25 dernières années (Patriiiiickkkkk) !

On s’était dit rendez-vous dans 25 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 48 ans
Sur les marches de la place des grands hommes

Le jour est venu et moi aussi
Mais j’veux pas être le premier.
Si on avait plus rien à se dire et si et si

Je fais des détours dans le quartier
C’est fou qu’un crépuscule de printemps
Rappelle le même crépuscule qu’il y a 25 ans
Trottoirs usés par les regards baissés
Qu’est-ce que j’ai fait de ces années ?

J’ai pas flotté tranquille sur l’eau
Je n’ai pas nagé le vent dans le dos
Dernière ligne droite, la rue Soufflot
Combien seront là 4, 3, 2, 1,… 0?

J’avais eu si souvent envie d’elle
La belle Séverine me regardera-t-elle?
Eric voulait explorer le subconscient
Remonte-t-il à la surface de temps en temps?
J’ai un peu peur de traverser l’ miroir
Si j’y allais pas… J’ me serais trompé d’un soir
Devant une vitrine d’antiquités
J’imagine les retrouvailles de l’amitié
« T’as pas changé, qu’est-ce que tu deviens?
Tu t’es mariée, t’as trois gamins
T’as réussi, tu fais médecin?
Et toi Pascale, tu t’ marres toujours pour rien? »

J’ai connu des marées hautes et des marées basses
Comme vous, comme vous, comme vous
J’ai rencontré des tempêtes et des bourrasques
Comme vous, comme vous, comme vous
Chaque amour morte à une nouvelle a fait place
Et vous, et vous… et vous?
Et toi Marco qui ambitionnait simplement d’être heureux
dans la vie
As-tu réussi ton pari?
Et toi François, et toi Laurence, et toi Marion
Et toi Gégé… et toi Bruno, et toi Evelyne?

Et bien c’est formidable les copains
On s’est tout dit, on s’ sert la main
On ne peut pas mettre 25 ans sur table
Comme on étale ses lettres au Scrabble
Dans la vitrine je vois le reflet

Une lycéenne derrière moi
Si elle part à gauche, je la suivrai
Si c’est à droite… Attendez-moi
Attendez-moi! Attendez-moi! Attendez-moi
On s’était dit rendez-vous dans 25 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 48 ans
Si on est d’venus des grands hommes
Des grands hommes… des grands hommes
Tiens si on s’ donnait rendez-vous dans 25 ans

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