Atlas Shrugged

mai 6, 2010

« Atlas haussa les épaules ». La traduction du titre du livre phare d’Ayn Rand est maladroite mais la photo de la première de couverture de l’ouvrage est parlante : on y voit Atlas portant la terre sur les épaules, les genoux pliés par le poids du fardeau, le visage grimaçant sous l’effort.

Mon post du 22 avril évoquait l’étonnante personnalité d’Ayn Rand, la philosophe américaine d’origine russe qui a développé la théorie de l’objectivisme, qui affirme que l’objectif moral de l’existence doit être l’intérêt personnel. Atlas Shrugged est le quatrième et dernier roman d’Ayn Rand sur lequel elle a travaillé pendant quinze ans et qui expose en détails sa philosophie. Vaste fresque de plus de 1000 pages, le roman met en scène l’héritière d’une compagnie de chemins de fer – le choix d’une héritière comme héroïne est singulier compte tenu du message que l’auteur a voulu faire passer -, Dagny Taggart, en prise avec les « looters » ou profiteurs qui assaillent son entreprise : employés mécontents qui réclament en permanence, Etat qui ponctionne, régulateurs tatillons, etc. A mesure que la compagnie de chemins de fer sombre sous le poids des demandes répétées de ses employés et de lois confiscatrices, l’héroïne découvre que les créateurs qui l’entourent (chefs d’entreprise, musiciens, scientifiques) disparaissent, laissant derrière eux un monde orphelin qui se désagrège. Emmenés par un certain John Galt, on apprend qu’ils ont acheté des terres pour recréer une nouvelle société dans un lieu reculé qui ressemble à ces communautés pour riches propriétaires du Colorado.

Dès sa sortie en 1957, Atlas Shrugged a rencontré un large public qui depuis n’a cessé de croître. En 1991, dans une étude de la Bibliothèque du Congrès et du Book of the Month Club qui classait les livres qui ont le plus influencé les Américains, Atlas Shrugged se positionnait en deuxième juste après la Bible. En 1998, un sondage sur les cent meilleurs romans du XXème siècle auquel ont répondu plus de 200.000 personnes faisait ressortir Atlas Shrugged en première place.

Plus récemment le livre a connu un regain d’intérêt après la crise financière de 2008. Stephen Moore, journaliste au Wall Street Journal, soulignait le 9 janvier 2009 les similitudes entre le monde décrit par Ayn Rand et l’Amérique en crise, dénonçant en bloc le sauvetage des banques et des compagnies d’assurance, la place grandissante de l’Etat dans l’économie et plus globalement le soutien tous azimuts aux « incompétents en faillite ». Si Obama et son gouvernement ont cru que ces mesures étaient nécessaires pour sauver l’économie américaine, le journaliste craignait qu’elles ne résultent, au final, dans le siphonage des ressources du pays et l’appauvrissement général de la population. Le message peut sembler simpliste mais il trouve encore écho puisqu’il s’est vendu, en 2009, 500.000 exemplaires d’Atlas Shrugged aux Etats-Unis, cinquante-deux ans après sa publication.

Et pourtant, et j’en arrive au vrai sujet de mon post, Ayn Rand est quasi inconnue en France. Si the Fountainhead a été traduit – la Source Vive – mais n’est pas sorti en poche, Atlas Shrugged n’est même pas disponible en français. La seule partie du texte traduite en 1958, en Suisse, aux Editions Jeheber, est épuisée.

Comment cela se fait-il ? Pourquoi la France, pays des idées, est-elle restée imperméable à Ayn Rand ? Le fait est que les Francais n’ont même pas été en contact avec la conception de la philosophe puisque son opus principal et fondateur n’est pas diffusé en France. Pourtant, certains éditeurs ont été approchés. Pourquoi ont-ils rechigné ?

Par crainte de l’investissement nécessaire pour traduire les 1000 pages du roman ? Avec sept millions d’exemplaires vendus à ce jour aux Etats-Unis, le livre est pourtant assuré de rencontrer un certain public.

Par crainte de l’effet « Bienveillantes aux Etats-Unis » ? Le livre de Jonathan Littell, profondément atypique selon les critères locaux, s’est fait assassiner par la critique dès sa sortie et s’est vendu misérablement par la suite.

Par crainte d’être associés à un livre sulfureux ? Les thèmes soutenus par Ayn Rand sont aux antipodes de la vision humaniste de la culture française. Apôtre du « laissez-faire capitaliste » comme système moral, la philosophe d’Ayn Rand soulèverait des cris d’indignation dans les foyers. Son manque de compassion risquerait de provoquer l’anathème sur toute son œuvre. Pourtant, les Français adorent partager des idées et le livre donnerait lieu, à n’en pas douter, à de nombreux débats.

Alors où est le problème ?

Nous devrions avoir une réponse rapide car un chef d’entreprise américain, amoureux de la France, a racheté les droits français du livre au Ayn Rand Institute et fait traduire à ses frais le roman. La version française sortira cet automne dans les librairies, mais la couverture ne portera pas le nom d’un grand éditeur de la place. Gageons qu’elle ne laissera personne indifférent après deux années de remise en cause très sévère du capitalisme…

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :