Ayn Rand – La capitaliste venue du froid

avril 22, 2010

De Saint-Simon à Engels en passant par Marx, nombreux sont les philosophes à avoir réfléchi et écrit sur le système socialiste. Dans la lignée d’Isabelle Paterson, libertaire canadienne de la première moitié du XXème siècle, seule Ayn Rand, écrivain, philosophe, scénariste, est parvenue à faire connaître du grand public l’unique courant de pensée philosophique qui soutient le capitalisme comme système social : l’objectivisme.

Paradoxalement, c’est une Russe née peu de temps avant la Révolution bolchévique qui est à l’origine du mouvement qui prône « l’égoïsme éthique ». Son parcours est exceptionnel. Née Alisa Rosenbaum en 1905, Ayn Rand affirme dès le plus jeune âge des convictions fortes. Au lycée, elle se déclare athée. A l’université où elle étudie les grand auteurs européens, elle clame son opposition au communisme et se voit interdire de finir son année. L’université changera d’avis et Ayn Rand trouvera le moyen d’obtenir son diplôme mais elle a pris sa décision, elle quittera le pays dès qu’elle aura fini ses examens. C’est vers les Etats-Unis qu’elle s’envole donc à vingt-et-un ans pour élire domicile à Hollywood. S’ensuivront des mois de vaches maigres où Ayn Rand multiplie les petits boulots dans l’industrie du cinéma avant de s’imposer comme scénariste – en anglais -, puis de s’essayer à l’écriture. Elle épouse un acteur de second ordre, Franck O’Connor, croisé sur un plateau. Son installation aux Etats-Unis est définitive: elle ne reverra ni l’URSS, ni ses parents.

Elle attendra dix-sept ans avant de connaître un début de reconnaissance après deux romans passés inaperçus. The Fountainhead (« La Source Vive ») marque son premier succès littéraire en 1943. Le roman dépeint la vie d’un architecte confronté à la médiocrité de son entourage et à tous ceux qui tentent de profiter de son travail et de son talent. Si le roman connait un succès international après un accueil froid de la critique, il jette aussi les fondations du chef-d’œuvre d’Ayn Rand, Atlas Shrugged, qui sortira quinze ans plus tard.

Roman philosophique de mille pages, Atlas Shrugged raconte la vie d’une femme, Dagny Taggart, dirigeante d’une compagnie de chemin de fer. Alors qu’elle se bat pour la survie de son entreprise, elle voit disparaître peu à peu autour d’elle les « producteurs » de la société, chefs d’entreprise, scientifiques, artistes, créateurs de toutes sortes qui fuient les « profiteurs » qui les entourent. Dans Atlas Shrugged, Ayn Rand illustre sa philosophie, l’objectivisme, qu’elle développera ensuite dans quelques ouvrages non romaneques et en conférences.

“Man—every man—is an end in himself, not the means to the ends of others. He must exist for his own sake, neither sacrificing himself to others nor sacrificing others to himself. The pursuit of his own rational self-interest and of his own happiness is the highest moral purpose of his life.” Pour Ayn Rand, l’homme ne doit exister que pour lui-même, sans se sacrifier aux autres ou sans que les autres se sacrifient à lui. Il doit tendre à sa réalisation et à son bonheur par ses actes et seulement par ses actes. Ayn Rand affirme aussi que le système social idéal est celui du “laissez-faire capitalism” où le rôle de l’état est réduit au seul maintien de l’ordre. Elle soutient que l’état et l’économie doivent être séparés au même titre que la religion. Sans surprise, Ayn Rand était profondement individualiste, anti-communiste et athée.

Ayn Rand a vécu en harmonie avec sa philosophie. Elle ne s’est sacrifiée ni à rien, ni à personne. Elle a vécu dans le pays qu’elle avait choisi, avec un homme affable qui jamais ne lui a fait d’ombre, en prenant pendant des années au vu et au su de son mari un amant vingt-cinq ans plus jeune qui créera un institut, le Nathaniel Branden Institute, dédié à la dissémination des idées de la philosophe. C’est aussi par choix qu’elle n’aurait pas eu d’enfant – mais son système de valeurs peut-il accepter l’existence même des enfants ?

Elle a tracé son chemin avec une volonté forcenée en suivant une des voies les plus difficiles qui soient : celle de devenir philosophe, dans une langue qui n’était pas sa langue et dans un pays radicalement opposé à tout ce qui a formé sa jeunesse.

Ayn Rand n’est pas sympathique. Il n’y a chez la philosophe ni empathie, ni chaleur, ni bienveillance. Ses biographes décrivent son intransigeance pathologique qui toute sa vie lui a fait perdre de précieuses amitiés qui avaient contribué à son cheminement : elle aurait interrompu ses relations avec des amis car ils aimaient Beethoven, elle a répudié Nathaniel Branden, et son institut, parce qu’il était amoureux d’une autre femme, elle a renié une profonde amitié avec Isabel Paterson après une querelle sur la place de la religion dans le capitalisme.

Quoi que ses idées inspirent, on ne peut nier à Ayn Rand une force de caractère exceptionnelle, une détermination immuable et un charisme magnétique. Divers instituts, et notamment le Ayn Rand Institute ou le Anthem Foundation se sont créés dans le monde anglo-saxon pour relayer ses convictions. Ses deux principaux romans, the Fountainhead et Atlas Shrugged, ont été boudés par la critique avant de trouver un immense public par le bouche à oreille. Trente ans après sa mort, la philosophe déclenche toujours les débats d’idées relayés par les nouveaux médias comme en témoigne de nombreuses pages sur Facebook.

Ayn Rand a, tout au long de sa vie, avec la force du converti, assumé des idées originales voire choquantes, mais sans jamais elle-même dévier de la ligne qu’elle défendait. Avec 25 millions de livres vendus, elle n’a pourtant pas convaincu au-delà des Etats-Unis, restant largement inconnue en dehors du pays qui l’a accueillie.

Ayn Rand est morte le 6 mars 1982. Alan Greenspan, ancien Président de la Federal Reserve et son plus célèbre admirateur, était présent à son enterrement. Sur la tombe de la philosophe, ses disciples avait placé une gerbe de fleurs de deux mètres de haut en forme de… dollar.

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