Hier, je suis allée au marché de Dupleix, un beau marché plein de maraîchers, de marchands de fromages et de viandes, un de ces marchés où l’on vient pour faire ses courses de la semaine et pas pour paresser. J’étais avec Madeleine, 7 ans, citoyenne américaine, élevé au poulet découpé sous célophane, aux céréales multicolores, aux préparations pour gâteaux au marketing si intensif qu’il vous donne l’impression d’être Bocuse et aux légumes sublimes et sans goût. Et là, servis par une jolie blonde, qu’avons-nous vu ? Des pieds et des oreilles de cochon !!! Des vrais !!! Rangés serrés dans un présentoir, roses, à peine poilus, parfaitement nettoyés, surréalistes. J’ai cru d’abord que c’était une sculpture avant-gardiste de Mark Quinn mais non, c’était bien des pieds et des oreilles de cochon, là, au centre de Paris, au début du XXIème siècle, à l’heure de Groupon, de Facebook, de Twitter et d’Angry Birds. Ma fille était incrédule, lorsque je lui ai dit que ça se mangeait, et moi aussi finalement. Parce qu’il n’y a pas beaucoup de chair sur ces parties-là de l’animal… Alors je me suis lancée dans une explication peu convaincante de l’intérêt de manger des pieds et des oreilles de cochon, explication bien heureusement interrompue par… un stand de lapins sanguinolents, non déshabillés, à la tête démantibulée (le fameux coup du lapin, vous connaissez?), pendant lamentablement d’un étal de boucher. La pauvre enfant en a eu des choses à raconter en rentrant du marché…

Je travaille dans une honorable institution financière française à New York et tous les jours, l’entreprise se découvre des velléités de se protéger contre des émules de Kerviel. Entre le projet K, le programme CaMaCoEn, les séminaires Kerdown et CLEAN, les agissements du trader ont provoqué une avalanche de projets de prévention de fraude qui épuisent les bibliothèques d’acronymes. Ce sont toutes les banques qui revoient en profondeur leurs procédures pour se prémunir d’une fraude de la même taille. Un groupe d’économistes se penchera peut-être un jour sur les coûts induits dans le monde bancaire par Kerviel, coûts qui vont bien au-delà des 5 milliards d’euros perdus par la Société Générale.

En attendant, l’autorité de tutelle de mon employeur, la Federal Reserve Bank, a trouvé le meilleur moyen d’empêcher l’éclosion de petits Kerviel : elle force tous les employés de banque à partir en vacances. Kerviel avait une particularité, qui l’est encore plus quand on sait qu’il est français : il ne prenait jamais de vacances. Car comment couvrir ses positions quand on est en vacances ? Ne pas partir, c’est encore le meilleur moyen de rester à la barre d’un bateau, même si celui-ci part à la dérive.

La Fed, dans sa grande sagesse, impose donc à tous de partir deux semaines d’affilée par an en vacances. Deux semaines ? D’affilée ? Il y a bien eu quelques réactions surprenantes, entre ceux qui juraient que jamais leur poste ne leur permettrait de partir si longtemps et ceux qui prenaient, contraints et forcés leurs deux semaines, en ne mettant pas le nez en dehors de chez eux, mais en le faisant savoir haut et fort. Mais tout le monde a fini par s’y mettre vite, et très vite. Mon employeur, gêné de forcer ses employés à aligner deux longues semaines de vacances sur les trois qu’ils avaient tous les ans, a coupé court à toutes les récriminations en ajoutant une semaine de vacances à tout le monde ! On a vu pire comme châtiment. En attendant, l’employé en vacances se voit couper tout accès au bureau. Son ordinateur est déconnecté, son badge d’accès désactivé. Seul son blackberry survit à l’excommunion temporaire…

Partir en vacances a toujours quelque chose de honteux chez nos amis d’outre-Atlantique. Pour le protestant qui sommeille en lui, c’est prendre du bon temps, laisser du travail à des collègues et… risquer de se faire chiper la place pendant son absence. Aussi, on ne se réjouit jamais de partir. On part en vacances parce que ses enfants sont eux-mêmes “out of school” et qu’il faut les garder, ou parce que sa mère est malade, ou parce qu’on veut donner des cours de religion dans l’école d’à-côté, mais pas parce qu’on est fatigué et qu’on a besoin de se ressourcer. Alors quand votre autorité de tutelle vous force à prendre des vacances, celles-ci se transforment en “mandatory leave”. Entre le 15 et le 30 août, période préférée des Américains pour clore l’été avec un petit voyage (les enfants sont revenus de camp et n’ont rien à faire avant la rentrée début septembre), on ne part plus en vacances, mais en “mandatory leave”.

Mais c’est encore en fin d’année que les deux semaines consécutives se prennent le mieux. Entre le 15 et le 30 décembre, avant qu’il ne soit trop tard et que votre employeur vous mette à la porte pour deux semaines. Et c’est là que le mandatory leave trouve toute la saveur de son nom.

Mes dix mois d’absence de mon blog et mon invitation, la semaine dernière, à une divorce shower sont intimement liés. Uen divorce shower? Mais qu’est-ce donc qu’une divorce shower ?

La divorce shower, ce n’est pas compliqué, c’est là qu’on célèbre son divorce.

Le baby shower, c’est pour fêter l’arrivée du bébé. La divorce shower, c’est pour boire à son divorce.

Je n’ai pas osé demander à mon amie américaine ce qu’elle souhaitait célébrer, les millions de dollars qu’elle venait de gagner, sa liberté retrouvée après deux années de procédure haineuse (et un million de $ de frais d’avocats… chacun !) ou une nouvelle vie, mais elle avait convié quatorze amies autour d’un dîner pour trinquer et elle avait bien l’intention de ne se priver de rien.

L’invitation n’avait pas été lancée n’importe où : la réunion se tenait dans une somptueuse maison attenante à un country club, dans la banlieue riche de New York, généreusement ouverte par une amie. La maison de 14,000 square foot ou 1300 mètres carrés se dressait en haut d’une colline, dans la grande tradition des maisons coloniales et orgueilleuses, éclairée par d’imposants lampadaires qui déversaient une lumière humide en cette fin de printemps.

Une enfilade de pièces tout droit sorties d’un catalogue de décorateur au goût très nouveau riche aboutissait sur une salle à manger où tronait la table qui allait facilement accueillir les quinze convives. Sans rallonge. En plus, nous avions largement la place d’étendre nos coudes de la façon la plus vulgaire possible.

La maîtresse de maison, Amy, minuscule bout de femme habillée en khakis de chez Gap, à la voix gouailleuse du New Jersey, arpentait la cuisine à la recherche d’ustensiles. Elle expliquait sans ambage qu’elle se faisait livrer petits déjeuners, déjeuners et dîners, et ne savait pas, en conséquence, où se rangeaient les couverts, pour servir les plats apportés dans des sacs de papier brun par son amie. Et d’ouvrir tous les tiroirs à la recherche d’une cuillère de service. Mais l’idée n’était pas de faire un diner mondain, juste un dinette entre ce qui allait s’avérer une assemblée de femmes seules et qui, je le comprenais vite, n’étaient pas là non plus pour discuter recettes et chiffons.

Le rosé chaud servi avec des glaçons aidant, l’ambiance s’est vite détendue, Dominique Strauss-Kahn et Arnold Schwarzenegger contribuant pour une bonne part à la bonne humeur des convives. En effet, que souhaiter de plus, dans une assemblée de quinze femmes entre 40 et 50 ans dont 12 divorcées ou en instance de divorce, qu’un bon petit scandale sexuel mettant en lumière l’invincibilité de bon nombre d’hommes politiques des deux côtés de l’Atlantique ? Et bien, deux scandales sexuels !!! Un de chaque côté…

Les conversations allaient bon train. Une fois (vite) éclusée la question des enfants et des écoles, les ex-époux sont devenus le sujet du moment. Les femmes autour de la table avaient un point commun saisissant. Toutes – disaient-elles – étaient ou avaient été mariées à des banquiers de Wall Street ou à des avocats de renommée aux moyens souvent colossaux, et avaient été peu à peu remplacées par la secrétaire, la jeune fille au pair, l’architecte d’intérieur, etc.

Notre hôtesse Amy, épaisse et pimpante comme une adolescente, racontait tous les excès de Wall Street. Comment son mari, trader criblé de dettes à la sortie de ses études, s’était trouvé un véritable talent de vendeur et avait encaissé, année après année de trading à succès, des bonus qui ne semblaient jamais s’arrêter de croître. Comment la faillite de Lehman avait momentanément freiné son ascension financière, mais que resté chez le successeur, Barclays, il avait gagné encore plus d’argent. Comment la maison de 1000 mètres carré avait fini par s’imposer après la maison dans les Hamptons et l’inscription au Country Club le plus cher de la région. Comment s’était aussi imposé le besoin irrépressible d’agrandir la maison de 300 autres mètres carré. Comment son mari passait du statut de superstar au travail à celui de père de famille à qui les enfants disent à peine bonsoir quand il rentre et comment son couple avait éclaté comme tous les couples de Wall Street connaissant le succès financier.

Mais Amy avait aussi appris quelques petites choses au contact d’autres épouses de Masters of the Universe, et notamment comment négocier son divorce quand on n’a pas signé de “prenup” ou “prenuptial agreement”, ce contrat avant le mariage qui définit les conditions de sortie du couple. Armée du plus agressif avocat de Wall Street – de ceux-là même qui négocient les “alimony” ou pensions alimentaires, de plusieurs millions de dollars -, elle avançait dans son divorce, déterminée sur ce qu’elle souhaitait obtenir.

Amy était confiante. Elle avait tous les chiffres en tête et pensait obtenir plus de la moitié de la fortune de son mari. Son départ pour une petite jeune valait bien auprès d’un juge qu’il lui laisse la part du lion. Elle savait qu’il faudrait vendre la maison de 1300 mètres carré, et elle savait que ce serait difficile, que les banquiers et autres avocats s’étaient assagis – et appauvris – depuis la crise de 2008. Elle savait qu’elle garderait la maison des Hamptons, un petit 300 mètres carrés en front de mer mais qu’elle renoncerait à ce manoir dont elle avouait ne pas avoir besoin. Elle savait aussi que les chiffres lui assureraient de ne jamais avoir à travailler. De l’assurance, elle en avait. Suffisamment pour m’affirmer d’un clin d’oeil alors que je la quittai : “You know, I am not gonna end up in the streets…”

Lori Gerber est charismatique. Elle n’a pas préparé de document powerpoint mais la structuration de sa présentation orale ne laisse aucun doute sur le fonctionnement de son cerveau : claire et convaincante, elle aborde tous les aspects de la question, y compris les quelques désagréments, avant même que son auditoire les évoque. Lori Gerber, la quarantaine énergique, parle une heure et demie sans le moindre bafouillement, en glissant régulièrement de l’humour et des petites notes personnelles pour retenir l’attention de son public. Lori n’est pas un haut potentiel dans une entreprise de Wall Street mais une mère de famille engagée pour recruter de nouveaux membres dans le mouvement scout de la communauté Larchmont/Mamaroneck, NY.

En cette chaude journée du mois de juin, une trentaine de mères et de petites filles se sont retrouvées dans un réfectoire d’école primaire pour s’enquérir du programme de Girl Scouts. La tradition est forte dans cette banlieue aisée du nord de New York, comme d’ailleurs dans le reste du pays qui compte près de 10 millions de scouts. La communauté de Larchmont/Mamaroneck, forte de 20000 habitants, ne comptait pas moins de 577 girl scouts l’année scolaire passée répartie dans 45 troupes. Les troupes elle-mêmes sont réunies en councils au nombre de 103 sur le territoire des États-Unis. Celui qui regroupe la communauté de Larchmont/Mamaroneck réunit 34000 fillettes. Un recrutement intense par le biais des écoles primaires permet un maillage serré de l’association qui suit les préceptes dictés par Baden Powell.

L’association des Girl Scouts Of America est née en 1912 en écho au courant d’origine anglaise. La loi des Girl Scouts précise le but de l’association:
I will do my best to be (je ferai de mon mieux pour être)
Honest and fair, (honnête et juste)
Friendly and helpful, (pour aider les autres et être leur amie)
Considerate and caring, (pour être prévenante)
Courageous and strong, and (courageuse et forte et)
Responsible for what I say and do, (responsable de mes actes et de mes paroles)
And to
respect myself and others, (Je ferai de mon mieux pour respecter les autres et moi-même),
respect authority, (respecter l’autorité)
use resources wisely, (utiliser les ressources avec sagesse)
make the world a better place, and (rendre le monde meilleur et)
be a sister to every Girl Scout. (être une soeur pour toute autre Girl Scout)

Les troupes regroupent dix à douze enfants conduites par une mère ou une tante volontaire pour participer à une multitude d’activités au sein de leur communauté et pour faire de ces petites filles des citoyennes actives, courageuses et entreprenantes. Le maître-mot est l’”empowerment” (terme difficile à traduire mais qui contient l’idée de prise en main et d’autonomie), que les petites filles retrouveront plus tard dans tous les mouvements féministes du pays : c’est en agissant, en prenant des initiatives et en partant en reconnaissance (to scout) que ces enfants deviendront des adultes responsables, qu’elles apprendront à prendre des décisions et à agir en leaders.

Les activités proposées aux enfants – à des âges où l’on n’attend pas forcément d’elles des initiatives – sont nombreuses: travaux manuels, récolte de dons en nourriture ou de vêtements usés, marche dans les parades, livraison de gâteaux aux policiers, pompiers et autres serviteurs des citoyens, attentions particulières aux anciens combattants. La liste est longue et toute candidate à la direction d’une troupe se voit proposer un livre détaillant les activités que pourront faire les chères têtes blondes et brunes en cas se manque d’inspiration..

On connait le côté militaire de l’association. Daisy, Brownie, Junior, Cadette, Senior et Ambassador : les fillettes passeront par pas moins de six stades pour atteindre le grade le plus élevé des Girls Scouts, celui que l’on affiche sur les dossiers de sélection d’université et sur les CV. A chaque étape, elles recevront les écussons témoignant de leurs réalisations et de leur engagement envers l’association. Le serment que les fillette apprennent et récitent, la main droite levée, les trois doigt du milieu en l’air, dans chacune des réunions, achève de compléter la vision militaire du groupe:“On my honor I will try to serve God and my country to help people at all times and to live by the Girl Scout law.” Le monothéisme de l’association a été contesté en 1992 devant les tribunaux et les enfants athées ont obtenu de l’association le droit de substituer le mot Dieu par ce qu’elles souhaitent, mais c’est toujours la première version qui leur est proposée au départ.

Mais on connait moins le côté mercantile de l’association. Si les Girl Scouts se sont imposées dans le paysage américain, c’est aussi parce qu’elles organisent pas moins de trois levées de fonds par an. A l’automne, les membres de l’organisation vendent des magazines et des bonbons. L’hiver, elles sollicitent leurs parents et au printemps, elles ratissent le pays en vendant les gâteaux les plus célèbres de ce côté de l’Atlantique. En porte à porte, aux voisins, aux familles, dans les entreprises, elles vendent plus de 200 millions de boîtes par an dans une course effreinée au nombre de boîtes vendues, qui se solde par des prix divers aux enfants ou à leurs troupes. En 2008, Jennifer Sharpe, une jeune fille de quinze ans, a ainsi vendu 17 328 boîtes de gâteaux dans le Michigan ! Les troupes gardent 10 à 15% du prix de vente des boîtes ($3.50 ou $4), tandis que l’association empoche environ la moitié du prix en bénéfice. C’est ainsi que les Girl Scouts génèrent près de $400 millions de revenus pour l’association tous les ans… Rien d’étonnant quand on sait que l’association emploie et paie plus de 400 employés dans son bureau de New York et entretient un réseau de 9500 personnes rémunérées dans le reste du pays…

Dimanche, la télévision américaine retransmettra la finale de Coupe du Monde la plus regardée de l’histoire du football dans le Nouveau Monde. Coupe du Monde après Coupe du Monde, l’intérêt pour le football n’a cessé de croître dans le pays du baseball, du basket-ball, du football américain et du hockey, avec deux fois plus de spectateurs qu’il y a quatre ans.

Les États-Unis se targuent d’avoir eu la première équipe de football en dehors de l’Angleterre en 1852 et avec plus de trois millions de membres, le football est à ce jour le sport de loisirs le plus pratiqué chez les enfants de 5 à 19 ans. La popularité du football a bien évidemment grandi avec sa population émigrée. Les ressortissants hispaniques, légaux et illégaux, aujourd’hui estimés à 15% de la population ou 45 millions d’individus, ne sont pas étrangers à la poussée du sport aux États-Unis particulièrement prisé sur les côtes et au sud du pays.

Et pourtant, malgré les chaînes en anglais ou en espagnol totalement dédiées au football, malgré les 17 millions de spectateurs qui ont suivi le match Etats-Unis-Angleterre le samedi 12 juin, malgré les nuées d’enfants qui s’adonnent au foot sous les conseils de leurs parents fraîchement convertis au sport le plus pratiqué de la planète, le football est encore loin en popularité des quatre autres grands sports de la télé américaine: le baseball, le basket-ball, le football américain et le hockey.

Les raisons sont diverses. Les Américains ne sont pas en mal de sport, la compétition est intense face à quatre grands sports nationaux aux saisons déjà très denses (une équipe de basket peut jouer jusqu’à 110 matchs si elle arrive en finale, une équipe de baseball jusqu’à 180 matchs dans l’année). Ensuite la météo est loin d’être uniforme sur un pays vaste comme dix-huit fois la France : les états du nord chérissent les sports d’intérieur tandis qu’au sud on hésite moins à sortir le nez dehors. Enfin, arrivés à l’adolescence, les garçons optent volontiers pour le football américain qui bénéficie d’une image plus flatteuse. David Beckham a certes glamourisé le football aux États-Unis mais plus grâce à sa femme que pour ses exploits de fin de carrière sur le terrain. Et puis Gisele Bünchen a épousé Tom Brady, un joueur de football américain, pas un joueur de soccer.

Mais surtout, si le football ne rencontre pas plus de succès télévisuel, c’est que le spectateur américain n’est jamais amené à rester 45 minutes d’affilée assis sur son canapé pour suivre un sport. Les quatre sports vedettes sont interrompus en permanence par des temps morts qui permettent aux chaînes de diffuser un nombre insupportable de pages de publicité. L’histoire ne dit pas si les quatre grands sports américains ont été façonnés à coups de temps morts par les télévisions pour optimiser les recettes publicitaires ou si c’est pour leur style haché que le spectateur y a accroché au fil des décennies plutôt qu’au football ou au tennis.

Dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres, c’est par les femmes que le soccer trouvera sa rédemption. Car les trois millions de pratiquants du sport sont autant des filles que les garçons. Les filles ne connaissent pas le stigmate du manque de féminité attaché au sport en Europe ou en Amérique latine et ne trouvent souvent pas de sport collectif plus intéressant à l’adolescence : le basket est réservé aux plus grandes, le “lacrosse” est trop élitiste, le volleyball inexistant en dehors des plages. Reste le football pour les raisons qui ont fait son succès planétaire. Et à voir comme les adolescentes américaines aiment leur sport, on finit par plaindre les jeunes européennes de ne pas avoir la chance de pouvoir jouer sans se voir railler.

La persistance des filles dans le football à l’adolescence porte d’ailleurs ses fruits : les États-Unis ont été deux fois champions du monde de football féminin dans les cinq dernières coupes du monde et trois fois troisièmes. La Coupe du Monde des femmes n’a pas le même retentissement planétaire que celle des hommes mais des joueuses comme Mia Hamm ou Michelle Akers ont trouvé leur chemin vers la postérité. Mia Hamm, qui a marqué en match international plus de buts que n’importe quel joueur masculin, faisait même partie du classement de 2004 de Pele des 125 meilleurs joueurs de foot vivants au monde au côté de sa compatriote Michelle Akers.

Une finale avec un pays d’Amérique latine aurait attiré un public plus curieux que celui qui se prépare à la finale de demain. Hélas, celle qui verra s’opposer les Hollandais et les Espagnols ne fera que renforcer le sentiment de certains spectateurs américains qui reprochent aussi au sport son égocentrisme européen…

La Foire aux Vanités

juin 30, 2010

Vanity
Excessive pride in one’s appearance, qualities, abilities, achievements, etc.; lack of real value; hollowness; worthlessness.

Fair
An exposition in which different exhibitors participate, sometimes with the purpose of buying or selling.

Littéralement la “Foire aux Vanités”, le magazine Vanity Fair a l’honnêteté des ivrognes. Relancé en 1985 après cinquante ans d’absence des kiosques, le mensuel, connu pour ses scandales, ses photos splendides, son classement des hommes et femmes les plus élégants au monde et son côté glamour hollywoodien, s’adresse aux femmes avides de “culture pop, mode et politique”.

Le feuilletage des premières pages laisse la même impression que tout autre magazine féminin de luxe. La succession de pages de publicité – qui m’a fait renoncer pendant très longtemps à lire le magazine – donne au lecteur l’impression amère de n’être qu’une machine à consommer. Et pourtant, première curiosité du magazine, les publicités ne s’adressent qu’à des femmes alors que le lectorat est autant masculin que féminin (au moins dans mon entourage, ce qui, journalistiquement parlant, n’en fait pas une règle).

L’édito du rédacteur en chef, le très British – et pourtant Américain – Graydon Carter, arrive en page 24 dans le numéro de juillet traditionnellement mince. Le ton, très anglo-saxon, est à l’”understatement”. Malgré les apparences, on n’est pas là pour parler chiffons, maquillage et fanfreluches mais pour aborder des choses sérieuses: de Steve Cohen, le patron du plus gros hedge fund au monde à la tête d’une fortune de plus de 6 milliards de dollars qui donne sa deuxième interview en vingt ans, de Liz Taylor, précurseur avec Richard Taylor du couple Brangelina, enfin de Sally Quinn, mondaine de Washington qui a longtemps fait et défait les cercles politiques et sociaux de la capitale à travers sa chronique du Washington Post.

En une page bien troussée, toutes les recettes du magazine sont dévoilées: les journalistes enquêteront et écriront sur les turpitudes humaines. L’argent, l’ambition, le sexe, le pouvoir, les luttes d’influence, l’escroquerie seront au centre du magazine mais seulement chez les riches, les célèbres et les puissants. Vous me direz, c’est la même chose ailleurs: c’est Johnny et Carla Bruni-Sarkozy qui font vendre du papier, pas la mère Michel ou le père Lustucru.

Les articles phare du magazine sont écrits par des journalistes free lance présentés juste après l’édito: professionnels très confirmés, ils mettent parfois des mois à jeter leur histoire sur le papier après un travail d’investigation très approfondi. Le résultat est là: les articles sont fouillés, le style alerte, le déroulement cohérent, les exemples argumentés, les sources confirmées. Mais ce qui fait le style très personnel de Vanity Fair, c’est que le magazine se contente d’observer, de raconter, d’exposer, sans juger ni dénoncer, des faits, et de le faire avec un luxe inhabituel de détails.

Vanity Fair prend le lecteur par la main et lui montre le chemin, mais parfois le chemin est graveleux. Car Vanity Fair admire le succès mais vénère plus encore les chutes, surtout lorsqu’elles sont provoquées par l’orgueil. Bernard Madoff et Tiger Woods en ont fait les frais ces deux dernières années. VF ne s’est pas contenté de retracer la vie finalement très secrète du plus grand escroc du siècle, le magazine a aussi amplement enquêté sur la femme et les deux enfants de l’ex-milliardaire pour tenter de percer ce qui reste la grande inconnue de l’escroquerie: étaient-ils au courant? De façon pas moins sordide, le magazine a retrouvé des légions de prostituées et de maîtresses de Tiger Woods, toutes moins classes les une que les autres, et s’est délecté des récits de leurs turpitudes avec le champion. Les femmes ne sont pas non plus à l’abri: le magazine a sorti plusieurs articles que Sarah Palin où l’image de l’animal politique était fort éloignée de celle de la femme au quotidien.

VF enfouit des articles très sérieux sous des pages de rubriques diverses: the 60 minutes poll scrute l’humeur de la population sur des questions incongrues, le questionnaire de Proust sonde une célébrité qui n’est pas encore tombée, la Bright Young Think interroge une jeune femme du monde du cinéma ou des arts sur le chemin de la gloire. Comme partout, on aime les jolies femmes chez VF mais plus encore si elle viennent de la noblesse européenne ou des milieux bien nés de l’Amérique. Sans la moindre gêne, on célèbre les duchesses anglaises ou les comtesses italiennes si tant est qu’elles aient le port altier et la peau fraîche.

Mais ces chroniques légères semblent être un souffle de vent auprès des quelques articles qui font la très solide colonne vertébrale du magazine. La rédaction épuise un nombre très limité de sujets par numéro. Celui de juillet contient cinq articles de plus de 6 500 mots chacun, soit un total de plus de 40 000 mots, ou l’équivalent d’un livre de taille moyenne.

Tous les mois, je me jette avec avidité sur ce mélange inhabituel de sérieux et de futile. Car après tout, recevoir chez soi, régulièrement, pour une somme ridicule, l’équivalent d’un livre d’investigation, impertinent, curieux, distrayant, plein d’esprit, parfois cocasse, qui examine le monde, n’est-ce finalement pas le rêve de tout lecteur de presse ?

Le mois de juin est radieux dans le Nord-Est. Les rayons de soleil encore légèrement obliques diffusent une lumière qui se brise dans la végétation luxuriante, les jardins finissent de fleurir, les enfants jouent dans les jets d’eau et des odeurs de barbecue se relaient à l’arrière des jardins. Tandis que les enfants scolarisés au CNED célèbrent la fin des devoirs en jetant leurs cours à la poubelle, les parents s’installent pour deux semaines de tennis intense devant leur téléviseur à l’occasion de Roland Garros puis, cette année, aubaine parmi les aubaines, pour la coupe du monde de football. Mais le mois de juin marque aussi la haute saison des “graduations”, ou “cérémonies d’obtention de diplôme”.

Le bachelier en France se voit envoyer par la poste, au mois de juillet alors que les villes se sont déjà vidées pour les vacances, le précieux diplôme attestant de la fin de sa scolarité secondaire. Il savoure seul l’obtention du fameux papier. Au même âge, l’écolier américain qui sort de terminale sans diplôme – parce que la scolarité n’y est pas sanctionnée par un examen -, aura pourtant déjà assisté à pas moins de quatre “graduations”, soit une à la fin de chaque cycle (nursery school, primary, middle school et high school). Au cours de chaque cérémonie, le rituel est immuable. Les filles sont en robe, les garçons en pantalon de toile à pinces et raie sur le côté. Les parents, grands-parents, frères et sœurs, eux aussi sur leur trente-et-un, ont été invités. Tous sont là pour célébrer, à l’unisson, le rejeton.

Il y a quelques années, à la réunion de parents d’élèves entrant en first grade, équivalent du CP, l’institutrice demanda aux parents à quoi servait l’école, rappelant au passage qu’il est utile de se reposer régulièrement la question. Les mains se sont levées pour évoquer, sans surprise, la nécessité d’avoir une tête bien pleine ou pour voir dans l’école une occasion unique de socialisation. Je m’aventurai en évoquant l’importance de former le sens critique des enfants, une déformation, ma foi, un peu trop française. Nous étions tous à côté de la plaque : l’école est là pour construire la confiance en soi, “build self-confidence”…

La graduation party est une étape essentielle dans le building de la self-confidence. L’enfant y est célébré, choyé et encensé pour tout ce qu’il aura réalisé ou pas réalisé pendant le cycle. Car toute graduation a un et un seul but : mettre en valeur l’enfant et lui faire sentir combien il est un être important. N’importe que ses notes aient été mauvaises ou son comportement répréhensible ou ses efforts scolaires inexistants ou qu’il n’y ait pas de diplôme à la clé, il finit un cycle (que quasiment tous les enfants achèvent…) et c’est ce qui compte. Celebrate and build self-confidence…

Avant d’être pratiquée à l’école, la graduation a vu le jour aux Etats-Unis au sein des colleges et universités qui célèbrent en grande pompe la remise des diplômes. Le rite quasi initiatique lâche le jeune diplômé dans le monde du travail et soude pour une dernière fois une communauté de futurs anciens élèves qui seront dans leur vie professionnellle et d’adultes très sollicités par leur Alma Mater. Le célèbre Radio City Hall de New York accueille ainsi tous les ans des légions de jeune diplômés des universités de New York à l’étroit dans leurs locaux. Vêtus de leur toge et coiffés de leur chapeau carré à pompon (“mortar”), les diplômés s’étendent le jour de leur graduation sur des blocs et des blocs aux alentours, pour le plus grand plaisir des touristes.

Les universités françaises, avares de récompenses et de compliments – à l’image des parents français, mea culpa – comprennent pourtant peu à peu les bienfaits de la graduation. Une promotion soudée c’est un sentiment d’appartenance à une communauté, un réseau qui s’aide dans la recherche d’emploi et à terme des étudiants plus généreux avec leur université. Tandis que les grandes écoles ont ajouté récemment la toge et le chapeau à leurs graduations, la Sorbonne a rétabli en 2006 une cérémonie de remise des diplômes solennelle, paraît-elle inspirée d’une ordonnance royale de 1762…

Enfant, j’ai appris le géographie française en scrutant une carte géante qu’avait affiché le fromager sur le mur du fond de son étal et qui localisait l’origine de quelque 300 fromages. Tandis que ma mère commandait comté, époisses, cancoillotte et crottins de Chavignol, je localisai les fromages sur la carte. Ma mère avait le bon goût de varier ses commandes en fonction de ses humeurs, m’offrant chaque semaine l’occasion d’approfondir mes recherches géographiques.

Tant que j’ai vécu en France, mes repères étaient saufs. Le fabricant du camembert avait une adresse en Normandie, celui du Beaufort en Savoie. Seul le producteur de chèvre naviguait entre le Poitou, la Sologne et la Touraine mais le code postal au centre de la France rassurait la terrienne que je suis. Enfant, je ne mangeais que des fromages français. A l’âge adulte, mes seules aventures extra-territoriales ne m’ont amenée guère plus loin qu’en Italie pour découvrir le fondant de la mozzarella de bufflonne ou en Hollande pour tester le goût piquant du gouda vieilli. L’Angleterre même a su me séduire avec des stiltons à l’odeur entêtante.

Je savais en déménageant ici que les Etats-Unis étaient les premiers producteurs de fromage au monde et notamment de l’insipide fromage blanc filant qui complique l’engloutissement de la pizza. Au rayon tristement désert du fromage qui a du goût, seul le cheddar âgé d’un minimum de douze mois tire son épingle du jeu. Sur les marchés organiques de New York, des petits producteurs locaux vendent des fromages frais sans personnalité, fabriqués à la va-vite et vendus hors-de-prix, qui donnent bonne conscience au consommateur bobo en quête d’authenticité culinaire.

Mon monde fromager, déjà amoché par des visites à Costco pour acheter du comté Entremont 18 mois d’âge en sachet plastique ou du brie Président en portion de 555 grammes (la descente au fromager local, c’est seulement les jours de bonus), s’est écroulé lors d’une étude approfondie du rayon laitier de Trader Joe’s. La chaîne de magasins bio qui se targue d’offrir des produits que les autres chaînes ne vendent pas et dont le rayon surgelés est ce qu’on peut trouver de plus proche de Picard, a affolé ma boussole, fait tournoyer mes repères et mis mon globe terrestre sans dessus dessous.

Chez notre ami Joe, le brie est canadien, le parmesan australien, le gouda néo-zélandais, le chèvre du Minnesota… Mais le pire, c’est que tout ça, c’est beaucoup de marketing parce qu’au final, la plupart de ces fromages sont fabriqués par la société française Bel, au Canada… Tant mieux pour le réchauffement climatique car importer du Parmesan d’Australie, à 16 000 kilomètres de là, ça n’a aucun sens mais tant pis pour le terroir et pour mes dernières idées reçues… Penser que l’Australie et la Nouvelle-Zelande sont des arguments vendeurs en matière de fromages a fini de balayer mes derniers espoirs sur les capacités géographiques de ce pays. Soyons honnête : j’ai fait des recherches et me suis aperçue que l’Australie a un vrai savoir-faire en matière de fromages méditerrannéen (feta, mozzarella, parmesan, etc.). C’est même un parmesan australien qui a gagné en 2008 le concours du meilleur parmesan AU MONDE!!! Et cette année-là, c’est aussi un producteur australien qui a remporté le prix du meilleur camembert. Cà, par contre, je n’y crois pas du tout. Un bon camembert, ça ne peut venir que de chez moi… Et le fait que le gagnant 2009 dans la catégorie Pont l’Evèque/Livarot/Reblochon (catégorie 49 a) est londonien n’a fait que renforcer mon opinion sur ce World Cheese Awards. Seuls les pays anglo-saxons concourent…

Mais puisqu’il faut bien s’adapter à son pays d’accueil ou rester chez soi, j’ai fait une descente sur ces fromages sortis d’un ailleurs incertain. Manger aux Etats-Unis un brie néo-zélandais fabriqué au Canada, ça peut déstabiliser… Et bien, ce n’était pas mauvais. Ça m’écorcherait la bouche de dire que c’était bon mais le parmesan était bien parfumé, la mozzarella onctueuse et douce et le brie fait à cœur. Alors, je me serais trompée depuis le début ? Le nouvel Eldorado du fromage serait… le Canada ???

Who is she?

mai 23, 2010

Les Etats-Unis ont donné en début d’année le coup d’envoi à leur recensement décennal. La presse, en écho à ce colossal effort national pour compter les citoyens et définir leur mode de vie et leurs besoins en équipement, tente de caractériser la population américaine par le biais de critères que le recensement ignore – mais qui leur attireront des lecteurs…

Le sondage qu’Esquire a lancé en début d’année et dont les résultats sont dévoilés dans le numéro de mai n’est pas des moins ambitieux. Il promet de définir la femme américaine. Rien que ça ! Rappelons qu’Esquire est un magazine plutôt haut-de-gamme pour hommes : politique, société, culture, on y trouve les mêmes thèmes que dans la plupart des magazines pour hommes y compris et sans surprise, beaucoup d’articles sur les femmes que le magazine préfère bimbos.

Le sondage d’Esquire a offert à 10 000 lectrices de définir leurs choix politiques, leur vie sexuelle ou leur appétit pour la chirurgie esthétique. Le questionnaire fait par Internet ne représente qu’une frange de la population américaine, celle du lectorat du magazine, mais les résultats n’ont pas manqué de m’étonner: l’Amérique dans laquelle je vis ne ressemble pas à l’Amérique d’Esquire… Décryptons.

Questions 1 à 3 : la paye
Plus d’une femme sur deux gagne aussi bien ou mieux sa vie que son conjoint. Pas mal… Mais l’âge moyen des votantes (27.6 ans) explique la proportion puisque c’est plus tard que les femmes devenues mères voient la différence entre leurs revenus et ceux des hommes s’accroître.

Si – seulement – 2% des femmes se trouvent surpayées, 44% se trouvent justement payées, un pourcentage qui révèle une lucidité salvatrice dans un pays où on change d’employeur quand on ne se trouve pas assez payé plutôt que de séquestrer son patron.

Questions 4 et 43 : chirurgie esthétique
31% y ont déjà eu recours ou seraient prêts à y avoir recours et 21% trouvent qu’elles ont des petits seins. Ça en fait des interventions potentielles ou réelles sur une population de plus de 150 million de femmes…

Question 5 et 6 : religion
39% des femmes ne croient pas en Dieu. Pour un pays où les enfants font allégeance à leur pays, tous les matins, dès leur plus jeune âge, “under God”, où les intronisations aux mandats publics se font la main sur la Bible, où les églises et les congrégations poussent comme des champignons, le pourcentage d’athées prouve une résistance non négligeable au prosélytisme….

Question 7 : changer l’huile d’une voiture
Il y a de l’huile dans une voiture?

Question 8 : la visite au strip club
42% des femmes y sont déjà allées. 42% ??? Je suis dans le train vers Manhattan entourées de 12 femmes. Cinq d’entre elles sont déjà allées dans un strip club… La jolie rousse peut-être et cette New Englander distinguée? Que vont-elles y faire ? Et la proportion chez les hommes, c’est combien?

Question 9 à 12 : questions de société
89% des votantes sont pour le mariage homosexuel et croient en l’évolution, quand 84% pense que la femme devrait pouvoir faire son choix en matière d’avortement. Mais alors, qu’est-ce qui permet au législateur d’introduire des restrictions à l’avortement dans le plan santé d’Obama, de réécrire les manuels scolaires dans certains Etats du Sud pour enseigner le créationnisme et d’interdire le mariage homosexuel dans 46 des 51 états américains ? Le grand public serait-il si mal représenté par ses élus ? Les Républicains ont-ils à ce point phagocyté les questions de société dans les médias ?

Question 13 : faire un créneau
84% des femmes prétendent savoir faire un créneau. Oops, on est encore loin du créneau à la parisienne…

Question 14 : le sport
Trois Américaines sur quatre font du sport toutes les semaines. Avec 64% de la population obèse ou en surpoids, je doute de la véracité de la statistique, même sur une population restreinte…

Questions 17 à 20 : les plus beaux et les plus admirables
A part le couple Obama, les plus beaux sont tous des acteurs et des actrices. Parmi elles, la sublime Christina Hendricks, l’un des premiers rôle de Mad Men, fait pâlir d’envie les 21% de votantes qui pensent avoir de petits seins et nous rappelle, fort à propos, l’étymologie francaise du mot “gorgeous”. Les plus admirables, eux, sont soit des hommes et femmes politiques, soit des présentatrices de télé… Seul Bill Gates est cité sans appartenir à aucun des deux mondes. Je cherche désespérément les sœur Teresa, Nelson Mandela, Dalaï Lama et autres prix Nobel à moins que… Obama y soit pour son prix Nobel de la Paix et Bill Gates pour son action humanitaire ?

Questions 21 à 26 : politique
Elles ne seraient que 11% à soutenir une candidature de Sarah Palin aux élections présidentielles de 2013. Ouf!!!

Questions 27 à 50 : vie amoureuse et sexuelle
La religion n’a eu droit qu’à deux questions, l’argent trois, la politique cinq et le sexe vingt-cinq ! Tout est dit sur la cible du journal… Voyons ce qu’on en apprend:

La fidélité : tandis que 24% des votantes reconnaissent avoir déjà trompé leur conjoint, la moitié affirment l’avoir déjà été… Les sondeurs du monde entier connaissent bien ce décalage entre l’infidélité des hommes et des femmes : les femmes sont toujours moins fidèles qu’elles le disent et les hommes moins infidèles…

La séduction : 94% des femmes se trouvent aussi ou plus séduisantes que leur conjoint. Et vlan!

Masturbation féminine : 55% des répondantes se masturbent au moins 1 à 2 fois par semaine. Qui sont-elles cette fois-ci mes six voire sept voisines de train qui s’adonnent à ces petits plaisirs personnels ? Et quand s’y livrent-elles ? Quand elles sont au strip club ? En regardant les films de Johnny Depp ou George Clooney, les hommes les plus séduisants du sondage ou en levant les yeux sur leur compagnon, qui n’est pourtant plus attirant qu’elles-mêmes que dans 6% des couples ?

Aussi peu scientifique soit-il, ce sondage est réconfortant. Il montre que la femme américaine n’est pas que le reflet poli transmis par les médias et les séries télé, qu’elle sait, en matière d’avortement ou de religion, prendre le contrepied des opinions les plus extrêmistes mais aussi les plus véhiculées, et qu’elle est, ma foi, heureuse de ce qu’elle est… Même si c’est aux dépens de son conjoint…

Atlas Shrugged

mai 6, 2010

“Atlas haussa les épaules”. La traduction du titre du livre phare d’Ayn Rand est maladroite mais la photo de la première de couverture de l’ouvrage est parlante : on y voit Atlas portant la terre sur les épaules, les genoux pliés par le poids du fardeau, le visage grimaçant sous l’effort.

Mon post du 22 avril évoquait l’étonnante personnalité d’Ayn Rand, la philosophe américaine d’origine russe qui a développé la théorie de l’objectivisme, qui affirme que l’objectif moral de l’existence doit être l’intérêt personnel. Atlas Shrugged est le quatrième et dernier roman d’Ayn Rand sur lequel elle a travaillé pendant quinze ans et qui expose en détails sa philosophie. Vaste fresque de plus de 1000 pages, le roman met en scène l’héritière d’une compagnie de chemins de fer – le choix d’une héritière comme héroïne est singulier compte tenu du message que l’auteur a voulu faire passer -, Dagny Taggart, en prise avec les “looters” ou profiteurs qui assaillent son entreprise : employés mécontents qui réclament en permanence, Etat qui ponctionne, régulateurs tatillons, etc. A mesure que la compagnie de chemins de fer sombre sous le poids des demandes répétées de ses employés et de lois confiscatrices, l’héroïne découvre que les créateurs qui l’entourent (chefs d’entreprise, musiciens, scientifiques) disparaissent, laissant derrière eux un monde orphelin qui se désagrège. Emmenés par un certain John Galt, on apprend qu’ils ont acheté des terres pour recréer une nouvelle société dans un lieu reculé qui ressemble à ces communautés pour riches propriétaires du Colorado.

Dès sa sortie en 1957, Atlas Shrugged a rencontré un large public qui depuis n’a cessé de croître. En 1991, dans une étude de la Bibliothèque du Congrès et du Book of the Month Club qui classait les livres qui ont le plus influencé les Américains, Atlas Shrugged se positionnait en deuxième juste après la Bible. En 1998, un sondage sur les cent meilleurs romans du XXème siècle auquel ont répondu plus de 200.000 personnes faisait ressortir Atlas Shrugged en première place.

Plus récemment le livre a connu un regain d’intérêt après la crise financière de 2008. Stephen Moore, journaliste au Wall Street Journal, soulignait le 9 janvier 2009 les similitudes entre le monde décrit par Ayn Rand et l’Amérique en crise, dénonçant en bloc le sauvetage des banques et des compagnies d’assurance, la place grandissante de l’Etat dans l’économie et plus globalement le soutien tous azimuts aux “incompétents en faillite”. Si Obama et son gouvernement ont cru que ces mesures étaient nécessaires pour sauver l’économie américaine, le journaliste craignait qu’elles ne résultent, au final, dans le siphonage des ressources du pays et l’appauvrissement général de la population. Le message peut sembler simpliste mais il trouve encore écho puisqu’il s’est vendu, en 2009, 500.000 exemplaires d’Atlas Shrugged aux Etats-Unis, cinquante-deux ans après sa publication.

Et pourtant, et j’en arrive au vrai sujet de mon post, Ayn Rand est quasi inconnue en France. Si the Fountainhead a été traduit – la Source Vive – mais n’est pas sorti en poche, Atlas Shrugged n’est même pas disponible en français. La seule partie du texte traduite en 1958, en Suisse, aux Editions Jeheber, est épuisée.

Comment cela se fait-il ? Pourquoi la France, pays des idées, est-elle restée imperméable à Ayn Rand ? Le fait est que les Francais n’ont même pas été en contact avec la conception de la philosophe puisque son opus principal et fondateur n’est pas diffusé en France. Pourtant, certains éditeurs ont été approchés. Pourquoi ont-ils rechigné ?

Par crainte de l’investissement nécessaire pour traduire les 1000 pages du roman ? Avec sept millions d’exemplaires vendus à ce jour aux Etats-Unis, le livre est pourtant assuré de rencontrer un certain public.

Par crainte de l’effet “Bienveillantes aux Etats-Unis” ? Le livre de Jonathan Littell, profondément atypique selon les critères locaux, s’est fait assassiner par la critique dès sa sortie et s’est vendu misérablement par la suite.

Par crainte d’être associés à un livre sulfureux ? Les thèmes soutenus par Ayn Rand sont aux antipodes de la vision humaniste de la culture française. Apôtre du “laissez-faire capitaliste” comme système moral, la philosophe d’Ayn Rand soulèverait des cris d’indignation dans les foyers. Son manque de compassion risquerait de provoquer l’anathème sur toute son œuvre. Pourtant, les Français adorent partager des idées et le livre donnerait lieu, à n’en pas douter, à de nombreux débats.

Alors où est le problème ?

Nous devrions avoir une réponse rapide car un chef d’entreprise américain, amoureux de la France, a racheté les droits français du livre au Ayn Rand Institute et fait traduire à ses frais le roman. La version française sortira cet automne dans les librairies, mais la couverture ne portera pas le nom d’un grand éditeur de la place. Gageons qu’elle ne laissera personne indifférent après deux années de remise en cause très sévère du capitalisme…

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